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es projets
precipites, les oeuvres commencees, les monuments qui surgissent du sol,
ces quartiers neufs qui s'improvisent, ce luxe bruyant, cette foule
toujours empressee, ces joies, ces abattements sans mesure, cette vie
ardente qui se remue, gronde et eclate en rumeurs confuses, passent devant
lui comme un eblouissement. Quelle melee, quels contrastes! Bien et mal,
charite sincere et vanites de charite; oubli de l'ame, de l'eternite, et
aspirations a la foi; la meme foule se ruant aux theatres pour y savourer
les apres emotions des filles de marbre, et se pressant dans les temples,
suspendue a la parole d'un pretre qui lui devoile ses vices secrets; se
rassasiant, en sa soif immoderee de plaisir, de voluptes sans les gouter;
et presque au meme instant, a la voix d'un orateur, au chant d'un poete, se
recueillant attentive, ecoutant d'une oreille delicate et charmee les
accents inspires qui reveillent en elle les sublimes sentiments, longtemps
assoupis, jamais eteints, qu'il suffit de remuer pour qu'il en jaillisse
une flamme comme d'un foyer immortel!
Et lui, nouveau venu, etranger a cette melee, au bord de cette tempete de
la vie sociale, plus emouvante que la tempete des flots qui battent ses
greves, il s'anime, son coeur bat vivement a ces vives impressions; et,
parmi ces _voix de la foule_, lui aussi il jette sa voix, cri energique du
_vates_, poete et devin, essayant d'arreter cette foule qui court au hasard
et qui prodigue chacun de ses jours comme si chaque jour n'avait pas de
fin. Il ecoute, il contemple la rumeur de cette fournaise ou mugissent
mille materiaux en fusion, ce qui surgit a la surface, ce qui vole en
l'air, ce qui fait eclater les applaudissements ou est accueilli par les
huees. Et ce _Paris, bourse, mode, sermon, theatre, charite, faux plaisir,
ni vice ni vertu_[1], le drame du siecle, il en trace a grands traits une
large fresque, comme ce tableau de naufrage que le peintre antique avait
suspendu sur le rivage au bord des vagues bruissantes.
[Note 1: Titres des principales pieces du volume de poesies
intitule: _Une voix dans la foule_.]
De toutes les cites o cite souveraine,
Paris, qui t'a donne ton fier bandeau de reine
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Tes foules eveillant, comme au loin les rameurs,
De sourds mugissements ou de vastes clameurs?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le travail t'embrassant, quand sa grande aile s'ouvre,
Depuis le
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