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Je vais bientot me trouver en face
d'un bon repas. Elles s'y prennent d'une drole de maniere pour se coucher.
On dirait qu'elles tombent comme blessees. Deux de plus! Elles y seront
bientot toutes. Tant mieux. Nous serons arrives dessus avant qu'elles
n'aient eu le temps de se relever. Oh! je voudrais bien entendre le
clairon!
Et tout en roulant ces pensees, j'ecoutais si je n'entendais pas le
signal, quoique sachant fort bien qu'il ne pouvait pas etre donne de
quelque temps encore. Les buffalos s'avancaient lentement, broutant tout
en marchant, et continuant de se coucher l'un apres l'autre. Je trouvais
assez etrange de les voir ainsi s'affaisser successivement, mais j'avais
vu des troupeaux de betail, pres des fermes, en faire autant, et j'etais a
cette epoque peu familiarise avec les moeurs des buffalos. Quelques-uns
semblaient s'agiter violemment sur le sol et le frapper avec force de
leurs pieds. J'avais entendu parler de la maniere toute particuliere dont
ces animaux ont l'habitude de se _vautrer_, et je pensai qu'ils etaient en
train de se livrer a cet exercice. J'aurais voulu mieux jouir de la vue de
ce curieux spectacle; mais les hautes herbes m'en empechaient. Je
n'apercevais que les epaules velues et, de temps en temps, quelque sabot
qui se levait au-dessus de l'herbe. Je suivais ces mouvements avec un
grand interet, et j'etais certain maintenant que l'enveloppement serait
complet avant qu'il ne leur prit fantaisie de se lever. Enfin, le dernier
de la bande suivit l'exemple de ses compagnons et disparut. Ils etaient
alors tous sur le flanc, a moitie ensevelis dans l'herbe. Il me sembla que
je voyais le veau encore sur ses pieds; mais a ce moment le clairon
retentit, et des cris partirent de tous les cotes de la prairie. J'appuyai
l'eperon sur les flancs de mon cheval et m'elancai dans la plaine.
Cinquante autres avaient fait comme moi, poussant des cris en sortant du
bois. La bride dans la main gauche, et mon rifle pose en travers devant
moi, je galopais avec toute l'ardeur que pouvait inspirer une pareille
chasse. Mon fusil etait arme, je me tenais pret, et je tenais a honneur de
tirer le premier coup. Il n'y avait pas loin du poste que j'avais occupe
au buffalo le plus rapproche. Mon cheval allait comme une fleche, et je
fus bientot a portee.
--Est-ce que la bete est endormie? Je n'en suis plus qu'a dix pas et elle
ne bouge pas! Ma foi, je vais tirer dessus pendant qu'elle est couchee.
Je levai mon fu
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