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t n'allait pas bien autour de lui. Les autres semblaient
ne pas remarquer ces demonstrations, et continuaient a brouter
tranquillement l'herbe luxuriante. Je pensais au beau coup de filet que
nous allions faire, lorsque mes yeux furent attires par un objet qui
sortait de l'ilot de bois. C'etait un jeune buffalo qui se rapprochait du
troupeau. Je trouvais quelque peu etrange qu'il se fut ainsi separe du
reste de la bande, car les jeunes veaux, eleves par leurs meres dans la
crainte du loup, ont l'habitude de rester au milieu des troupeaux.
--Il sera reste en arriere a la source, pensai-je. Peut-etre les autres
l'ont-ils repousse du bord et n'a-t-il pu boire que quand ils ont ete
partis.
Il me sembla qu'il marchait difficilement, comme s'il eut ete blesse;
mais, comme il s'avancait au milieu des hautes herbes, je ne le voyais
qu'imparfaitement. Il y avait la une bande de coyotes (il y en a toujours)
guettant le troupeau. Ceux-ci, apercevant le veau qui sortait du bois,
dirigerent une attaque simultanee contre lui. Je les vis qui
l'entouraient, et il me sembla que j'entendais leurs hurlements feroces;
mais le veau paraissait se frayer chemin, en se defendant, a travers le
plus epais de cette bande, et, au bout de peu d'instants, je l'apercus
pres de ses compagnons et je le perdis de vue au milieu de tous les
autres.
--C'est un bon gibier que le jeune bison, me dis-je a moi-meme; et je
portai mes yeux autour de la ceinture du bois pour reconnaitre ou les
chasseurs en etaient de la battue. Je voyais les ailes brillantes des
geais miroiter a travers les branches, et j'entendais leurs cris percants.
Jugeant d'apres ces signes, je reconnus que les hommes s'avancaient assez
lentement. Il y avait une demi-heure que Seguin m'avait quitte, et ils
n'avaient pas encore fait la moitie du tour. Je me mis alors a calculer
combien de temps j'avais encore a attendre, et me livrai au monologue
suivant:
--La prairie a un mille et demi de diametre; le cercle fait trois fois
autant, soit quatre milles et demi. Bah! le signal ne sera pas donne avant
une heure. Prenons donc patience, et mais qu'est-ce? les betes se
couchent! Bon. Il n'y a pas de danger qu'elles se sauvent. Nous allons
faire une fameuse chasse? Une, deux, trois... en voila six de couchees.
C'est probablement la chaleur et l'eau. Elles auront trop bu. Encore une!
Heureuses betes! Rien autre chose a faire qu'a manger et a dormir, tandis
que moi... Et de huit. Cela va bien.
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