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sissant dans sa course,
entrainant avec elle les volontes et les coeurs, puis courant vers le nord
heurter les nations, et se dissipant et s'evanouissant enfin aux coups de
la foudre.
Et, apres avoir rappele ces luttes de geants, ces efforts d'un heros qui
combat le monde et ce desastre sans retour, lorsque ses levres se
fermaient, le vieux soldat demeurait accable et morne; les yeux baisses, il
ecoutait comme les derniers bruits de la bataille, la rumeur lointaine
d'une armee qui fuit dans les ombres.
Le poete, alors, pressant sa main d'une etreinte affectueuse: Marc
Jaffrain, j'ai fait pour toi des vers; un jour, quinze ans aujourd'hui se
sont passes,
Je te dis: d'un projet je sens la noble envie:
Veux-tu m'abandonner le reste de ta vie?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Une larme brilla dans ton oeil expressif,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Et ton front devint fier comme un jour de combat.
Puis, bientot poursuivant notre obscure conquete,
D'un groupe d'orphelins tu marchas a la tete.
Le matin, le clairon annoncait le reveil;
Je te vois, devancant le lever du soleil,
Guider tes vingt enfants a l'apre labourage,
Et par des chants pieux ranimer leur courage.
La journee a sa fin, tu t'asseyais alors,
Ton devoir s'appliquait aux travaux du dehors,
Le mien etait d'ouvrir a ces intelligences
Les regions de l'ame et des humbles sciences;
Et, lorsque finissait l'heure de la lecon,
Prenant sur tes genoux le plus petit garcon,
Retenant mieux que lui le sens de la parole,
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
D'un jour rempli goutant le repos plein de charmes,
Que de fois je serrai ta main forte avec larmes!
Et, depuis, le Seigneur a beni nos travaux[1].
[Note 1: UNE VOIX DANS LA FOULE: _a Marc Jaffrain_.]
Et le poete encore dit la troupe d'orphelins, qui _au signal du travail a
saisi la charrue_, la _terre fecondee_ par les sueurs, la pensee marchant
_dans des sentiers nouveaux_, les _biens reparateurs_ repandus _par la
grace d'en haut_, l'oeuvre enfin, _complete et benie_,
Dont apres vous, mon Dieu, le fondateur c'est lui!
Et, tandis que passaient devant ses yeux, dans une langue harmonieuse, ces
quinze ans de travaux, de vive ardeur et de devoument, un naif sourire
eclairait le front du vieux soldat; il se rejouissait de ce bien qu'il
avait fait, et que, semblable aux enfants, aux poetes, aux ames noblement
douees, il avait deja oublie
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