|
e qui, dans les natures elues, se
change en une passion epuree, et les souleve de la terre et les
transfigure, comme si deja elles vivaient de la vie eternelle.
[Note 1: Saint Thomas d'Aquin.]
Cabinet d'etude, lieu de retraite et de priere, la on se recueille et l'on
medite; voyageur venu des grandes villes, une atmosphere calme descend sur
vous et vous enveloppe; vous sentez un apaisement inaccoutume.
La, passe la meilleure partie de ses jours le poete qui, naguere, au temps
des vives luttes litteraires, combattit au premier rang, et qui, sorti
jeune encore de la bataille, a fait de la charite la mission et le but de
sa vie. Souvent il se mele a ces freres laboureurs, a ces enfants qu'il
instruit par sa parole et son exemple, s'occupant aux travaux des champs,
sous le ciel, a cette culture de la terre qui assainit le corps, et d'ou
l'on revient toujours le coeur content et le front degage; la vaste etendue
des champs qui s'enfoncent a l'horizon, la terre ou le germe croit sans
bruit, donnent le sentiment d'une force puissante qui produit sans hate,
avec serenite. Le soir, il retrouve autour de son foyer la famille reunie,
l'epouse pieuse, les filles belles de cette beaute eclatante et ferme des
filles de la mer, ses domestiques vieillis dans la maison, ou qu'il a vus
naitre, et a qui il parle avec cette familiarite, ce tutoiement du maitre
respecte qui, au lieu de blesser, attache. C'est une vraie demeure
bretonne; on y a des sentiments bretons, l'amour du sol, un noble orgueil
de la vieille race armoricaine, et comme un reste de cette fierte nationale
qui semble protester et revendiquer son antique gloire.
Je la vois encore, la belle jeune fille, a qui nous etrangers de France,
nous demandions un soir une chanson de son pays. Elle commenca un chant de
guerre, _Lez-Breiz_, le Chevalier breton, heroique recit d'une lutte corps
a corps de Bretons contre Francais, et ou les Bretons etaient vainqueurs:
Entre deux seigneurs, un Franc, un Breton,
S'apprete un combat, combat de renom.
Coupe en courtes strophes, tantot le chant retentissait cadence comme le
pas d'un cheval de guerre qui fait sonner l'armure, tantot il semblait
suivre les coups repetes des epees sur les casques d'acier. Et la jeune
Bretonne, aux yeux brillants, debout pres du piano muet, sans autre
accompagnement que le murmure de la mer qui se brisait au pied des murs,
s'animait en cette bataille, de sa main tendue donnant le signal:
J'a
|