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e les flancs du mustang, et
partit au grand galop en suivant le sentier des Apaches. Quand il eut
couru environ trois cents yards, il s'arreta, attendant de nouvelles
instructions de son camarade. Pendant ce temps, le vieux Rube prenait une
fleche, et, attachant quelques brins de plumes d'autruche a l'extremite
barbelee, il la fichait dans la plus elevee des perches que les Indiens
avaient laissees debout sur le terrain du camp. La pointe etait tournee
vers le sud du sentier des Apaches, et la fleche etait si bien en vue,
avec sa plume noire, qu'elle ne pouvait manquer de frapper les yeux de
quiconque viendrait du cote des Llanos. Cela fait, il suivit son camarade
a pied, se tenant a distance du sentier et marchant avec precaution. En
arrivant pres de Garey, il posa une seconde fleche par terre, la pointe
tournee aussi vers le sud, et de facon a ce qu'elle put etre apercue de
l'endroit ou etait la premiere. Garey galopa encore en avant, en suivant
le sentier, tandis que Rube marchait, dans la prairie, sur une ligne
parallele au sentier.
Apres avoir fait ainsi deux ou trois milles, Garey ralentit son allure, et
mit le mustang au pas. Un peu plus loin, il s'arreta de nouveau, et mit le
cheval au repos dans la partie battue du chemin. La, Rube le rejoignit, et
etendit les trois couvertures sur la terre, bout a bout, dans la direction
de l'ouest, en travers du chemin. Garey mit pied a terre et conduisit le
cheval tout doucement en le faisant marcher sur les couvertures. Comme ses
pieds ne portaient que sur deux a la fois, a mesure que celle de derriere
devenait libre, elle etait enlevee et replacee en avant. Ce manege fut
repete jusqu'a ce que le mustang fut arrive a environ cinquante fois sa
longueur dans le milieu de la prairie. Tout cela fut execute avec une
adresse et une elegance egales a celles que deploya sir Walter Raleigh
dans le trait de galanterie qui lui a valu sa reputation. Garey alors
ramassa les couvertures, remonta a cheval et revint sur ses pas en suivant
le pied de la montagne; Rube etait retourne aupres du sentier et avait
place une fleche a l'endroit ou le mustang l'avait quitte; et il
continuait a marcher vers le sud avec la quatrieme. Quand il eut fait pres
d'un demi-mille, nous le vimes se baisser au-dessus du sentier, se
relever, traverser vers le pied de la montagne et suivre la route qu'avait
pris son compagnon. Les fausses pistes etaient posees; la ruse etait
complete.
El-Sol, de son cote, n'e
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