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Il restait tout au plus mille hommes a Lonato. A peine
Bonaparte y est-il entre, qu'un parlementaire autrichien se presente, et
vient le sommer de se rendre. Le general surpris ne comprend pas
d'abord comment il est possible qu'il soit en presence des Autrichiens.
Cependant il se l'explique bientot. La division coupee la veille a la
bataille de Lonato, et rejetee sur Salo, avait ete prise en partie; mais
un corps de quatre mille hommes a peu pres avait erre toute la nuit dans
les montagnes, et voyant Lonato presque abandonne, cherchait a y rentrer
pour s'ouvrir une issue sur le Mincio. Bonaparte n'avait qu'un millier
d'hommes a lui opposer, et surtout n'avait pas le temps de livrer
un combat. Sur-le-champ il fait monter a cheval tout ce qu'il avait
d'officiers autour de lui. Il ordonne qu'on amene le parlementaire, et
qu'on lui debande les yeux. Celui-ci est saisi d'etonnement en voyant ce
nombreux etat-major. "Malheureux, lui dit Bonaparte, vous ne savez donc
pas que vous etes en presence du general en chef, et qu'il est ici avec
toute son armee! Allez dire a ceux qui vous envoient, que je leur donne
cinq minutes pour se rendre, ou que je les ferai passer au fil
de l'epee, pour les punir de l'outrage qu'ils osent me faire."
Sur-le-champ il fait approcher son artillerie, menacant de faire feu
sur les colonnes qui s'avancent. Le parlementaire va rapporter cette
reponse, et les quatre mille hommes mettent bas les armes devant
mille[8]. Bonaparte, sauve par cet acte de presence d'esprit, donna
ses ordres pour la lutte qui allait se livrer. Il joignit de nouvelles
troupes a celles qui etaient deja dirigees sur Salo. La division
Despinois fut reunie a la division Sauret, et toutes deux profitant de
l'ascendant de la victoire, durent attaquer Quasdanovich, et le
rejeter definitivement dans les montagnes. Il ramena tout le reste a
Castiglione. Il y revint dans la nuit, ne prit pas un instant de repos,
et apres avoir change de cheval, courut sur le champ de bataille, afin
de faire ses dispositions. Cette journee allait decider du destin de
l'Italie.
[Footnote 8: Ce fait a ete revoque en doute par un historien, M.
Botta, mais il est confirme par toutes les relations, et j'ai recu
l'attestation de son authenticite, de l'ordonnateur en chef de l'armee
active, M. Aubernon, qui a passe les quatre mille prisonniers en revue.]
C'etait dans la plaine de Castiglione qu'on allait combattre. Une suite
de hauteurs, formees par les dern
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