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poursuivre sans relache, pour la mettre entre
deux feux. Il lance Junot a sa poursuite avec un regiment de cavalerie.
Junot se precipite au galop, tue six cavaliers de sa main, et tombe
blesse de plusieurs coups de sabre. La division fugitive, prise entre
le corps qui etait a Salo et celui qui la poursuivait de Lonato,
s'eparpille, se met en deroute, et laisse a chaque pas des milliers de
prisonniers. Pendant qu'on achevait la poursuite, Bonaparte se porte sur
sa droite, a Castiglione, ou Augereau combattait depuis le matin avec
une admirable bravoure. Il lui fallait enlever des hauteurs ou la
division Liptai s'etait placee. Apres un combat opiniatre plusieurs fois
recommence, il en etait enfin venu a bout, et Bonaparte, en arrivant,
trouva l'ennemi qui se retirait de toutes parts. Telle fut la bataille
dite de Lonato, livree le 16 thermidor (3 aout).
Les resultats en etaient considerables. On avait pris vingt pieces de
canon, fait trois mille prisonniers a la division coupee et rejetee sur
Salo, et l'on poursuivait les restes epars dans les montagnes. On avait
fait mille ou quinze cents prisonniers a Castiglione; on avait tue
ou blesse trois mille hommes; donne l'epouvante a Quasdanovich, qui,
trouvant l'armee francaise devant lui a Salo, et l'entendant au loin
a Lonato, la croyait partout. On avait ainsi presque desorganise les
divisions Bayalitsch et Liptai, qui se repliaient sur Wurmser. Ce
general arrivait en ce moment avec quinze mille hommes, pour rallier
a lui les deux divisions battues, et commencait a s'etendre dans les
plaines de Castiglione. Bonaparte le vit, le lendemain matin 17 (4
aout), se mettre en ligne pour recevoir le combat. Il resolut de
l'aborder de nouveau, et de lui livrer une derniere bataille, qui
devait decider du sort de l'Italie. Mais pour cela il fallait reunir a
Castiglione toutes les troupes disponibles. Il remit donc au lendemain
18 (5 aout) cette bataille decisive. Il repartit au galop pour Lonato,
afin d'activer lui-meme le mouvement de ses troupes. Il avait en
quelques jours creve cinq chevaux. Il ne s'en fiait a personne de
l'execution de ses ordres; il voulait tout voir, tout verifier de ses
yeux, tout animer de sa presence. C'est ainsi qu'une grande ame se
communique a une vaste masse, et la remplit de son feu. Il arriva a
Lonato au milieu du jour. Deja ses ordres s'executaient; une partie des
troupes etait en marche sur Castiglione; les autres se portaient vers
Salo et Gavardo.
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