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ube pour se rabattre sur Jourdan,
avaient ete conduits avec l'impetuosite deployee en Italie, certainement
la guerre eut ete terminee sur-le-champ, d'une maniere desastreuse pour
l'une des deux puissances.
Cette campagne valut en Europe une grande reputation au jeune archiduc.
En France, on sut un gre infini a Moreau d'avoir ramene saine et
sauve l'armee compromise en Baviere. On avait eu sur cette armee des
inquietudes extremes, surtout depuis le moment ou Jourdan s'etant
replie, ou le pont de Kehl ayant ete menace, ou une nuee de petits
corps ayant intercepte les communications par la Souabe, on ignorait ce
qu'elle etait devenue et ce qu'elle allait devenir. Mais quand, apres de
vives inquietudes, on la vit deboucher dans la vallee du Rhin, avec
une si belle attitude, on fut enchante du general qui l'avait si
heureusement ramenee. Sa retraite fut exaltee comme un chef-d'oeuvre de
l'art, et comparee sur-le-champ a celle des Dix mille. On n'osait rien
mettre sans doute a cote des triomphes si brillans de l'armee d'Italie;
mais comme il y a toujours une foule d'hommes que le genie superieur,
que la grande fortune offusquent, et que le merite moins eclatant
rassure davantage, ceux-la se rangeaient tous pour Moreau, vantaient sa
prudence, son habilete consommee, et la preferaient au genie ardent du
jeune Bonaparte. Des ce jour-la, Moreau eut pour lui tout ce qui prefere
les facultes secondaires aux facultes superieures; et, il faut l'avouer,
dans une republique on pardonne presque a ces ennemis du genie, quand on
voit de quoi le genie peut se rendre coupable envers la liberte qui l'a
enfante, nourri, et porte au comble de la gloire.
CHAPITRE V.
SITUATION INTERIEURE ET EXTERIEURE DE LA FRANCE APRES LA RETRAITE DES
ARMEES D'ALLEMAGNE AU COMMENCEMENT DE L'AN V.--COMBINAISONS DE PITT;
OUVERTURE D'UNE NEGOCIATION AVEC LE DIRECTOIRE; ARRIVEE DE LORD
MALMESBURY A PARIS.--PAIX AVEC NAPLES ET AVEC GENES; NEGOCIATIONS
INFRUCTUEUSES AVEC LE PAPE; DECHEANCE DU DUC DE MODENE; FONDATION DE LA
REPUBLIQUE CISPADANE.--MISSION DE CLARKE A VIENNE.--NOUVEAUX EFFORTS DE
L'AUTRICHE EN ITALIE; ARRIVEE D'ALVINZY; EXTREMES DANGERS DE L'ARMEE
FRANCAISE; BATAILLE D'ARCOLE.
L'issue que venait d'avoir la campagne d'Allemagne etait facheuse pour
la republique. Ses ennemis, qui s'obstinaient a nier ses victoires, ou
a lui predire de cruels retours de fortune, voyaient leurs pronostics
realises, et ils en triomphaient ouvertement. Ces rapides
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