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retrograde, on repasse l'Adige sur les ponts de Verone, et on sort de
la ville par la porte qui conduit a Milan. L'armee croit qu'on bat en
retraite, et qu'on renonce a garder l'Italie: la tristesse regne dans
les rangs. Cependant a quelque distance de Verone, on fait un a-gauche;
au lieu de continuer a s'eloigner de l'Adige, on se met a le longer, et
a descendre son cours. On le suit pendant quatre lieues. Enfin, apres
quelques heures de marche, on arrive a Ronco, ou un pont de bateaux
avait ete jete par les soins du general; on repasse le fleuve; et, a
la pointe du jour, on se trouve de nouveau au-dela de l'Adige, qu'on
croyait avoir abandonne pour toujours. Le plan du general etait
extraordinaire; il allait etonner les deux armees. L'Adige, en sortant
de Verone, cesse un instant de couler perpendiculairement des montagnes
a la mer, et il oblique vers le levant: dans ce mouvement oblique, il se
rapproche de la route de Verone a la Brenta, sur laquelle etait campe
Alvinzy. Bonaparte, arrive a Ronco, se trouvait donc ramene sur les
flancs et presque sur les derrieres des Autrichiens. Au moyen de ce
pont, il se trouvait place au milieu des vastes marais. Ces marais
etaient traverses par deux chaussees, dont l'une a gauche, remontant
l'Adige par Porcil et Gombione, allait rejoindre Verone; dont l'autre,
a droite, passait sur une petite riviere, qu'on appelle l'Alpon, au
village d'Arcole, et allait rejoindre la route de Verone vers Villa-Nova
sur les derrieres de Caldiero.
Bonaparte tenait donc a Ronco deux chaussees, qui toutes deux allaient
rejoindre la grande route occupee par les Autrichiens, l'une entre
Caldiero et Verone, l'autre entre Caldiero et Villa-Nova. Voici quel
avait ete son calcul: au milieu de ces marais, l'avantage du nombre
etait tout a fait annule; on ne pouvait se deployer que sur les
chaussees, et sur les chaussees le courage des tetes de colonnes devait
decider de tout. Par la chaussee de gauche qui allait rejoindre la route
entre Verone et Caldiero, il pouvait tomber sur les Autrichiens, s'ils
tentaient d'escalader Verone. Par celle de droite, qui passe l'Alpon au
pont d'Arcole, et aboutit a Villa-Nova, il debouchait sur les derrieres
d'Alvinzy, il pouvait enlever ses parcs et ses bagages, et intercepter
sa retraite. Il etait donc inattaquable a Ronco, et il etendait ses deux
bras autour de l'ennemi. Il avait fait fermer les portes de Verone, et
y avait laisse Kilmaine avec quinze cents hommes, po
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