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ille hommes devant
lui, pouvait facilement les accabler, en agissant avec un peu de
vigueur. Il pouvait mieux (au jugement de Napoleon et de l'archiduc
Charles), il pouvait tenter un mouvement dont les resultats auraient ete
immenses. Il devait lui-meme suivre la marche de l'ennemi, se rabattre
sur l'archiduc, comme ce prince se rabattait sur Jourdan, et arriver
a l'improviste sur ses derrieres. L'archiduc, pris entre Jourdan et
Moreau, eut couru des dangers incalculables. Mais, pour cela, il
fallait executer un mouvement tres etendu, changer tout a coup sa ligne
d'operation, se jeter du Necker sur le Mein; il fallait surtout manquer
aux instructions du directoire, qui prescrivaient de s'appuyer au Tyrol,
afin de deborder les flancs de l'ennemi et de communiquer avec l'armee
d'Italie. Le jeune vainqueur de Castiglione n'aurait pas hesite a faire
cette marche hardie, et a commettre une desobeissance, qui aurait decide
la campagne d'une maniere victorieuse; mais Moreau etait incapable
d'une pareille determination. Il resta plusieurs jours sur les bords
du Danube, ignorant le depart de l'archiduc, et explorant lentement un
terrain qui etait alors peu connu. Ayant appris enfin le mouvement
qui venait de s'operer, il concut des inquietudes pour Jourdan; mais,
n'osant prendre aucune determination vigoureuse, il se decida a franchir
le Danube, et a s'avancer en Baviere, pour essayer par la de ramener
l'archiduc a lui, tout en restant fidele au plan du directoire. Il etait
cependant aise de juger que l'archiduc ne quitterait pas Jourdan avant
de l'avoir mis hors de combat, et ne se laisserait pas detourner de
l'execution d'un vaste plan, par une excursion en Baviere. Moreau n'en
passa pas moins le Danube, a la suite de Latour, et s'approcha du Lech.
Latour fit mine de disputer le passage du Lech; mais, trop etendu pour
s'y soutenir, il fut oblige de l'abandonner, apres avoir essuye un
combat malheureux a Friedberg. Moreau s'approcha ensuite de Munich; il
se trouvait le 15 fructidor (1er septembre) a Dachau, Pfaffenhofen et
Geisenfeld.
Ainsi la fortune commencait a nous etre moins favorable en Allemagne,
par l'effet d'un plan vicieux qui, separant nos armees, les exposait
a etre battues isolement. D'autres resultats se preparaient encore en
Italie.
On a vu que Bonaparte, apres avoir rejete les Autrichiens dans le Tyrol,
et repris ses anciennes positions sur l'Adige, meditait de nouveaux
projets contre Wurmser, auquel il n'et
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