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. Jourdan, si sa reserve n'avait pas ete si eloignee de lui,
aurait pu remporter la victoire; il envoya a Lefebvre des officiers qui
ne purent percer a travers les nombreux escadrons ennemis. Il esperait
cependant que Lefebvre, voyant que Schveinfurt n'etait pas menace,
marcherait au lieu du peril; mais il attendit vainement, et replia son
armee pour la derober a la redoutable cavalerie de l'ennemi. La retraite
se fit en bon ordre sur Arnstein. Jourdan, victime du mauvais plan du
directoire, et de son devouement a son collegue, dut des lors se replier
sur la Lahn. Il continua sa marche sans aucun relache, donna ordre a
Marceau de se retirer de devant Mayence, et arriva derriere la Lahn
le 24 fructidor (10 septembre). Son armee, dans cette marche penible
jusqu'aux frontieres de la Boheme, n'avait guere perdu que cinq a six
mille hommes. Elle fit une perte sensible par la mort du jeune Marceau,
qui fut frappe d'une balle par un chasseur tyrolien, et qu'on ne put
emporter du champ de bataille. L'archiduc Charles le fit entourer de
soins; mais il expira bientot. Ce jeune heros, regrette des deux armees,
fut enseveli au bruit de leur double artillerie.
Pendant que ces choses se passaient sur le Mein, Moreau, toujours
au-dela du Danube et du Lech, attendait impatiemment des nouvelles de
Jourdan. Aucun des officiers detaches pour lui en donner n'etait arrive.
Il tatonnait sans oser prendre un parti. Dans l'intervalle, sa gauche,
sous les ordres de Desaix, eut un combat des plus rudes a soutenir
contre la cavalerie de Latour, qui, reunie a celle de Nauendorff,
deboucha a l'improviste par Langenbruck. Desaix fit des dispositions si
justes et si promptes, qu'il repoussa les nombreux escadrons ennemis,
et les dispersa dans la plaine apres leur avoir fait subir une perte
considerable. Moreau, toujours dans l'incertitude, se decida enfin,
apres une vingtaine de jours, a tenter un mouvement pour aller a la
decouverte. Il resolut de s'approcher du Danube, pour etendre son aile
gauche jusqu'a Nuremberg, et avoir des nouvelles de Jourdan, ou lui
apporter des secours. Le 24 fructidor (10 septembre), il fit repasser le
Danube a sa gauche et a son centre, et laissa sa droite seule au-dela
de ce fleuve, vers Zell. La gauche, sous Desaix, s'avanca jusqu'a
Aichstett. Dans cette situation singuliere, il etendait sa gauche vers
Jourdan, qui dans le moment etait a soixante lieues de lui; il avait son
centre sur le Danube, et sa droite au-dela, e
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