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'il fallait a tout prix se maintenir en
Franconie, sur le Haut-Mein, pour prendre ses quartiers d'hiver en
Allemagne, et surtout pour ne pas decouvrir Moreau, qui s'etait avance
jusqu'aux portes de Munich. Moreau, de son cote, venait d'apprendre a
Jourdan, a la date du 8 fructidor (25 aout), sa marche au-dela du Lech,
les avantages qu'il y avait remportes, et le projet qu'il avait de
s'avancer toujours davantage pour ramener l'archiduc. Toutes ces raisons
deciderent Jourdan a tenter le sort des armes, quoiqu'il eut devant lui
des forces tres superieures. Il aurait cru manquer a l'honneur s'il eut
quitte la Franconie sans combattre, et s'il eut laisse son collegue
en Baviere. Trompe d'ailleurs par le mouvement du general Nauendorff,
Jourdan croyait que l'archiduc venait de partir pour regagner les bords
du Danube. Il s'arreta donc a Wurtzbourg, place dont il jugeait la
conservation importante, mais dont les Francais n'avaient conserve que
la citadelle. Il y donna quelque repos a ses troupes, fit quelques
changemens dans la distribution et le commandement de ses divisions, et
annonca l'intention de combattre. L'armee montra la plus grande ardeur a
enlever toutes les positions que Jourdan croyait utile d'occuper avant
d'engager la bataille. Il avait sa droite appuyee a Wurtzbourg, et le
reste de sa ligne sur une suite de positions qui s'etendent le long du
Mein jusqu'a Schveinfurt. Le Mein le separait de l'ennemi. Une partie
seulement de l'armee autrichienne avait franchi ce fleuve, ce qui le
confirmait dans l'idee que l'archiduc avait rejoint le Danube. Il laissa
a l'extremite de sa ligne la division Lefebvre, a Schveinfurt, pour
assurer sa retraite sur la Saale et Fulde, dans le cas ou la bataille
lui ferait perdre la route de Francfort. Il se privait ainsi d'une
seconde ligne et d'un corps de reserve; mais il crut devoir ce sacrifice
a la necessite d'assurer sa retraite. Il se decida a attaquer, le 17
fructidor (3 septembre), au matin.
Dans la nuit du 16 au 17, l'archiduc, averti du projet de son
adversaire, fit rapidement passer le reste de son armee au-dela du Mein,
et deploya aux yeux de Jourdan des forces tres superieures. La bataille
s'engagea d'abord avec succes pour nous; mais notre cavalerie, assaillie
dans les plaines qui s'etendent le long du Mein par une cavalerie
formidable, fut rompue, se rallia, fut rompue de nouveau, et ne trouva
d'abri que derriere les lignes et les feux bien nourris de notre
infanterie
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