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Guyeux y resta seul avec quelques cents hommes, et s'enferma
dans un vieux batiment, d'ou il refusa de sortir, quoiqu'il n'eut ni
pain ni eau, et a peine quelques munitions. Sur les deux routes qui
longent l'Adige, les Autrichiens s'avancerent avec le meme avantage; ils
forcerent l'importante position de la Corona, entre l'Adige et le lac
de Garda; ils franchirent egalement la troisieme route, et vinrent
deboucher devant Verone. Bonaparte, a son quartier-general de
Castel-Novo, recevait toutes ces nouvelles. Les courriers se succedaient
sans relache, et dans la journee du lendemain, 12 thermidor (30
juillet), il apprit que les Autrichiens s'etaient portes de Salo sur
Brescia, et qu'ainsi sa retraite sur Milan etait fermee, que la position
de Rivoli etait forcee comme celle de la Corona, et que les Autrichiens
allaient passer l'Adige partout. Dans cette situation alarmante, ayant
perdu sa ligne defensive et sa ligne de retraite, il etait difficile
qu'il ne fut pas ebranle. C'etait la premiere epreuve du malheur. Soit
qu'il fut saisi par l'enormite du peril, soit que, pret a prendre une
determination temeraire, il voulut partager la responsabilite avec ses
generaux, il leur demanda leur avis pour la premiere fois, et assembla
un conseil de guerre. Tous opinerent pour la retraite. Sans point
d'appui devant eux, ayant perdu l'une des deux routes de France, il n'en
etait aucun qui crut prudent de tenir. Augereau seul, dont ces journees
furent les plus belles de sa vie, insista fortement pour tenter la
fortune des armes. Il etait jeune, ardent; il avait appris dans les
faubourgs a bien parler le langage des camps, et il declara qu'il avait
de bons grenadiers qui ne se retireraient pas sans combattre. Peu
capable de juger les ressources qu'offraient encore la situation des
armees et la nature du terrain, il n'ecoutait que son courage, et
il echauffa de son ardeur guerriere le genie de Bonaparte. Celui-ci
congedia ses generaux sans exprimer son avis, mais son plan etait
arrete. Quoique la ligne de l'Adige fut forcee, et que celle du Mincio
et du lac de Garda fut tournee, le terrain etait si heureux, qu'il
presentait encore des ressources a un homme de genie resolu.
Les Autrichiens, partages en deux corps, descendaient le long des deux
rives du lac de Garda: leur jonction s'operait a la pointe du lac, et,
arrives la, ils avaient soixante mille hommes pour en accabler trente.
Mais, en se concentrant a la pointe du lac, on empecha
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