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mande Mademoiselle.
Maud la rejoignit dans la chambre ou elle habitait, pres d'elle, depuis leur retour de Chamblais. Tout de suite, Etiennette s'abattit sur la poitrine de son amie:
-- Oh ! cherie !... cherie !... Comme j'ai du chagrin !
Maud l'assit sur ses genoux, la caressa, la baisa de son mieux. Elle l'aimait, cette compagne jolie, saine d'ame, elle l'aimait avec un peu d'envie pour sa sante meme, un peu de nostalgie de l'absolue integrite physique qu'elle avait su garder.
-- Qu'est-ce qu'il y a, mignonne ? Suzanne est malade ?
-- Oh ! non... non ! Pis que ca !...
Parmi ses larmes, elle raconta l'histoire lamentable et grotesque a la fois: le bal-orgie de la veille, la fille grisee, montree nue, palpee par cinq cents hommes en folie, et la plainte portee le lendemain, et l'arrestation, et le scandale deja, dans les feuilles du boulevard.
-- Tiens, regarde, fit-elle en montrant un journal. Tout a la fois... Ma soeur, ma mere... et meme mon pere.
Un reporter diligent contait, en effet, des anecdotes sur le passe de Suzon, nommait Mathilde Duroy, designait sous des initiales transparentes feu le depute Asquin.
-- Mais toi, murmura Maud sincerement compatissante, on ne te nomme pas ?
-- Qu'est-ce que cela fait ? Moi, tu comprends, je n'interesse personne. Mon cher reve n'en est pas moins par terre. Pauvre Paul !
Elle etait sincere. Son pire chagrin, c'etait la souffrance de l'homme qui l'aimait.
Maud chercha l'offrande d'une consolation:
-- Paul t'aime trop pour etre influence par des evenements dont tu n'es pas responsable.
-- Lui ? Pauvre ami ! je sais bien qu'il ne m'en aimera pas moins. Notre mariage est tout de meme impossible. Paul y consentirait que je ne le voudrais pas, moi. Pense ! Quel parti ses ennemis politiques tireraient de l'affaire ! Nuire a Paul ! Oh ! cela, jamais.
Maud ne trouvait pas d'objection. Elle dit seulement:
-- Que vas-tu faire ?
-- Je vais retourner rue de Berne, toute seule, que veux-tu ? et je travaillerai.
-- Voyons ! fit Maud haussant les epaules, tout cela est tres ennuyeux, certes; mais ce n'est pas une raison pour ne pas revoir Paul, qui t'aime, que tu aimes. Vous avez fait ce que vous pouviez, l'un et l'autre, pour vous marier. Franchement, puisque vous en etes empeches par des evenements ou il n'y a point de votre faute, vous seriez trop niais de ne pas passer outre. Laissons faire le temps. Tout s'oublie... Un jour viendra ou Paul laissera ses fonctions officiel
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