|
restitution des
Pays-Bas. Outre les insinuations de l'Angleterre, le cabinet de Vienne
avait d'autres raisons de repousser les propositions du directoire. Il
se flattait de s'emparer du fort de Kehl sous tres peu de temps;
les Francais, contenus le long du Rhin, ne pourraient plus alors
le franchir; on pourrait donc sans danger en retirer de nouveaux
detachemens, pour les porter sur l'Adige. Ces detachemens, joints a
de nouvelles levees qui se faisaient dans toute l'Autriche avec une
merveilleuse activite, permettraient encore un effort sur l'Italie; et
peut-etre cette terrible armee, qui avait tant aneanti de bataillons
autrichiens, finirait par succomber sous des efforts reiteres.
La constance allemande ne se dementait donc pas ici, et, malgre tant de
revers, elle ne renoncait pas encore a la belle Italie. En consequence,
il fut resolu de refuser l'entree de Vienne a Clarke. On craignait
d'ailleurs un observateur au milieu de la capitale de l'empire, et on
ne voulait pas de negociation directe. Quant a l'armistice, on aurait
consenti a l'admettre sur l'Adige, mais non sur le Rhin. On repondit a
Clarke que, s'il voulait se rendre a Vicence, il y trouverait le baron
de Vincent, et qu'il pourrait y conferer avec lui. La reunion eut lieu
en effet a Vicence. Le ministre autrichien pretendit que l'empereur
ne pouvait recevoir un envoye de la republique, parce que c'etait la
reconnaitre; et, quant a l'armistice, il declara qu'on ne pouvait
l'admettre qu'en Italie. Cette proposition etait ridicule, et on ne
concoit pas que le ministere autrichien put la faire, car elle sauvait
Mantoue sans sauver Kehl, et il fallait supposer les Francais bien sots
pour l'accepter. Cependant le ministere autrichien, qui voulait au
besoin se menager le moyen d'une negociation separee, fit declarer par
son envoye que si le commissaire francais avait des propositions a
faire relativement a la paix, il n'avait qu'a se rendre a Turin, et les
communiquer a l'ambassadeur autrichien aupres du Piemont. Ainsi, grace
aux suggestions de l'Angleterre et aux folles esperances de la cour de
Vienne, ce dangereux projet d'armistice fut ecarte. Clarke s'en alla a
Turin, pour profiter au besoin de l'intermediaire qui lui etait offert
aupres de la cour de Sardaigne. Il avait encore une autre mission:
c'etait celle d'observer le general Bonaparte. Le genie de ce jeune
homme avait paru si extraordinaire, son caractere si absolu, si
energique, que sans aucun motif
|