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esageait qu'une expedition pourrait causer de
cruels embarras a l'Angleterre, et la reduire a accepter une toute autre
paix que celle qu'elle venait d'offrir. Hoche, qui avait consume les
deux plus belles annees de sa vie dans la Vendee, et qui voyait les
grands theatres de la guerre occupes par Bonaparte, Moreau et Jourdan,
brillait de s'en ouvrir un en Irlande. L'Angleterre etait un aussi noble
adversaire que l'Autriche, et il n'y avait pas moins d'honneur a la
combattre et a la vaincre. Une republique nouvelle s'elevait en Italie,
et allait y devenir le foyer de la liberte. Hoche croyait beau et
possible d'en elever une pareille en Irlande, a cote de l'aristocratie
anglaise. Il s'etait lie beaucoup avec l'amiral Truguet, ministre de la
marine, et ministre a grandes vues. Ils s'etaient promis tous deux de
donner une haute importance a la marine, et de faire de grandes choses;
car alors toutes les tetes etaient en travail, toutes meditaient des
prodiges pour la gloire et la felicite de leur patrie. L'alliance
offensive et defensive conclue avec l'Espagne a Saint-Ildefonse, offrait
de grandes ressources, et permettait de vastes projets. En reunissant la
flotte de Toulon aux flottes de l'Espagne, en les concentrant dans
la Manche avec celle que la France avait dans l'Ocean, on pouvait
rassembler des forces formidables, et tenter de delivrer les mers par
une bataille decisive; on pouvait du moins jeter un incendie en Irlande,
et aller interrompre les succes de l'Angleterre dans l'Inde. L'amiral
Truguet, qui sentait l'importance de porter de rapides secours dans
l'Inde, voulait que l'escadre de Brest, sans attendre la reunion
des flottes francaise et espagnole dans la Manche, mit a la voile
sur-le-champ, jetat l'armee de Hoche en Irlande, gardat quelques mille
hommes a bord, fit voile ensuite pour l'Ile-de-France, allat y prendre
les bataillons de noirs qu'on y organisait, et transportat ces secours
dans l'Inde pour soutenir Tippo-Saib. Cette grande expedition avait
l'inconvenient de ne porter en Irlande qu'une partie de l'armee
d'expedition, et de la laisser exposee a de grandes chances, en
attendant la reunion tres eventuelle de l'escadre de l'amiral Villeneuve
qui devait partir de Toulon, de l'escadre espagnole qui etait dispersee
dans les ports d'Espagne, et de l'escadre de Richery qui revenait
d'Amerique. Cette expedition ne fut pas executee. On attendit l'arrivee
d'Amerique de Richery, et on fit, malgre l'etat des fina
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