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contraire entrainait la conquete definitive de
l'Italie, et permettait d'exiger en retour Mayence et toute la ligne du
Rhin. L'armistice compromettait evidemment cette conquete; car Mantoue,
remplie de malades, et reduite a la demi-ration, ne pouvait pas differer
plus d'un mois d'ouvrir ses portes. Les vivres qu'on y ferait entrer
rendraient a la garnison la sante et les forces. La quantite n'en
pourrait pas etre exactement fixee, et Wurmser, en faisant des
economies, se menagerait des approvisionnemens pour recommencer sa
resistance, en cas d'une reprise d'hostilites. La suite de batailles
livrees pour couvrir le blocus de Mantoue deviendraient donc inutiles,
et il faudrait recommencer sur nouveaux frais. Ce n'etait pas tout. Le
pape ne pouvait manquer d'etre compris dans l'armistice par l'Autriche,
et alors on perdait le moyen de le punir, et de lui arracher vingt ou
trente millions, dont on avait besoin pour l'armee, et qui serviraient
a faire une nouvelle campagne. Bonaparte enfin, percant dans l'avenir,
conseillait, au lieu de suspendre les hostilites, de les continuer au
contraire avec vigueur, mais de porter la guerre sur son veritable
theatre, et d'envoyer en Italie un renfort de trente mille hommes. Il
promettait a ce prix de marcher sur Vienne, et d'avoir en deux mois la
paix, la ligne du Rhin, et une republique en Italie. Sans doute, cette
combinaison placait dans ses mains toutes les operations militaires et
politiques de la guerre; mais, qu'elle fut interessee ou non, elle etait
juste et profonde, et l'avenir en prouva la sagesse.
Cependant, par obeissance pour le directoire, on ecrivit aux generaux
autrichiens sur le Rhin et l'Adige, pour leur proposer l'armistice, et
pour obtenir a Clarke des passeports. L'archiduc Charles repondit a
Moreau qu'il ne pouvait entendre aucune proposition d'armistice, que
ses pouvoirs ne le lui permettaient pas, et qu'il fallait en referer au
conseil aulique. Alvinzy repondit de meme, et fit partir un courrier
pour Vienne. Le ministere autrichien, secretement devoue a l'Angleterre,
etait peu dispose a ecouter les propositions de la France. Le cabinet de
Londres lui avait fait part de la mission de lord Malmesbury; il
s'etait efforce de lui persuader que l'empereur obtiendrait bien plus
d'avantages en prenant part a la negociation ouverte a Paris, qu'en
faisant des conquetes separees, puisque les conquetes anglaises dans
les deux Indes etaient sacrifiees pour lui procurer la
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