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coeur sorti de leur
poitrine; dans de grandes chaudieres, on fait bouillir des ames
vivantes, soit sous forme humaine, soit sous celle d'oiseau, ou
seulement leurs tetes et leurs coeurs. J'ai aussi remarque des ames
jetees dans la chaudiere avec l'embleme du bonheur et du repos celeste
(l'eventail), auxquels elles avaient perdu tous leurs droits. J'ai des
copies fideles de cette immense serie de tableaux et des longues
legendes qui les accompagnent.
A chaque zone et aupres des supplicies, on lit toujours leur
condamnation et la peine qu'ils subissent. "Ces ames ennemies, y est-il
dit, ne voient point notre dieu lorsqu'il lance les rayons de son
disque; elles n'habitent plus dans le monde terrestre, et elles
n'entendent point la voix du Dieu grand lorsqu'il traverse leurs zones."
Tandis qu'on lit au contraire, a cote de la representation des ames
heureuses, sur les parois opposees: "Elles ont trouve grace aux yeux du
Dieu grand; elles habitent les demeures de gloire, celles ou l'on vit de
la vie celeste; les corps qu'elles ont abandonnes reposeront a toujours
dans leurs tombeaux, tandis qu'elles jouiront de la presence du Dieu
supreme."
Cette double serie de tableaux nous donne donc le _systeme
psychologique egyptien_ dans ses deux points les pins importants et les
plus moraux, _les recompenses et les peines_. Ainsi se trouve
completement demontre tout ce que les anciens ont dit de la doctrine
egyptienne sur _l'immortalite de l'ame_ et le but positif de la vie
humaine. Elle est certainement grande et heureuse, l'idee de symboliser
la _double destinee_ des ames par le plus frappant des phenomenes
celestes, le cours du soleil dans les deux hemispheres, et d'en lier la
peinture a celle de cet imposant et magnifique spectacle.
Cette galerie psychologique occupe les parois des deux grands corridors
et des deux premieres salles du tombeau de _Rhamses V_, que j'ai pris
pour type de ma description des tombes royales, parce qu'il est le plus
complet de tous. Le meme sujet, mais compose dans un esprit directement
_astronomique_, et sur un plan plus regulier, parce que c'etait un
tableau de science, est reproduit sur les plafonds, et occupe toute la
longueur de ceux du second corridor et des deux premieres salles qui
suivent.
Le ciel, sous la forme d'une femme dont le corps est parseme d'etoiles,
enveloppe de trois cotes cette immense composition: le torse se prolonge
sur toute la longueur du tableau dont il couvre la part
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