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chemin.
Il prit a travers champs, accompagne de son chien qui quetait la queue
au vent, et, tout en marchant, il donnait a mon guide d'utiles
renseignements sur l'itineraire qu'il nous fallait suivre.
--As-tu compris? dit-il enfin. Et sur un signe de l'homme d'Etain:
--Quand vous serez a un village qu'on appelle la Malmaison, demandez
M. le maire; c'est un brave homme qui vous donnera un coup d'epaule.
J'echangeai une rude poignee de main avec le braconnier de Longuyon et
m'engageai dans un pays magnifique. Encore une promenade de quelques
lieues et j'etais en Belgique.
Le maire de Malmaison etait bien l'homme que m'avait indique mon ami
de la derniere heure. Le regard amical et compatissant qu'il me jeta
m'encouragea a ce point que, pour la premiere fois depuis mon depart
d'Etain, j'enlevai la vieille casquette de loutre qui me couvrait. Il
sourit en voyant la trace noire de mes cheveux rases.
--Ah! un zouave! murmura-t-il.
--Et du 3e, repondis-je.
--Et qu'est-ce qui reste du regiment?
--De quoi faire une compagnie, je crois.
Il soupira.
--Voyons, reprit-il, c'est de vous qu'il s'agit... Plut a Dieu qu'on
put sauver la France comme je vous sauverai!...
Le guide que j'avais pris a Etain, assis sur une chaise, s'essuyait le
front et me regardait d'un air qui semblait dire: J'ai fait mon
devoir, faites le votre. Je tirai de ma ceinture, cachee sous ma
blouse, dix pieces d'or et les mis dans sa main. Il les compta une a
une, et les faisant passer dans sa bourse de cuir:--C'est bien, me
dit-il. Quatre verres etaient sur la table, chacun de nous prit le
sien et l'avala d'un trait apres l'avoir choque contre ceux de ses
voisins.
--En route a present, dit le maire.
IX
Le nouveau guide qu'il m'avait procure allait droit devant lui comme
un cerf, mais l'oeil au guet, l'oreille tendue, et profitant des pans
de mur, des haies vives, des plis de terrain, des taillis, pour
dissimuler sa marche.
--La precaution vous etonne, me dit-il, c'est qu'on a vu des uhlans
par ici et ils ne se genent pas pour mettre leurs pistolets sous le
nez des gens.
Nous marchions depuis un assez long temps, lorsqu'au detour d'un
chemin creux il me montra du bout de son baton un bois devant lequel
s'elevait un poteau. Un mot ecrit en lettres blanches sur un ecriteau
noir me sauta aux yeux.--La Belgique! c'est la Belgique! Tout en
criant j'avais pris ma course. Les sabots ne me genaient plus.
--Oui, vous y
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