|
ve a Rosny. Le village etait
mort; le vent se jouait a travers les maisons. Nous commencions a nous
engager dans les tranchees qui creusaient le plateau d'Avron; la
brigade nous suivait et les occupait tour a tour apres nous. Il ne
fallait plus ni rire, ni crier.
Bientot, nous etions a cote de Villemonble, devant le parc de
Beausejour. Deux douzaines de petites maisons, separees les unes des
autres par des enclos fermes de murs, s'elevaient ca et la.
Le moment etait venu de reconnaitre le terrain, lorsqu'un _Ver da_
vigoureusement accentue nous arreta net. Chaque soldat resta immobile
a sa place, attendant le signal; un coup de sifflet lance par notre
lieutenant le donna. Quels bonds alors!
Huit ou dix coups de feu partirent sans nous atteindre, mais nos
baionnettes ne trouverent rien devant elles. La vedette ennemie avait
decampe; un sac cependant resta en notre pouvoir, un sac seulement,
mais quel sac! Il est devenu legendaire dans l'histoire de la
campagne. Un zouave en fit l'inventaire a haute voix comme un
commissaire-priseur, devant un cercle de curieux qui riaient aux
eclats. Ah! le bon pere de famille et l'aimable epoux! Il y avait la
dedans, meles a une petite provision de tabac et a un gros morceau de
lard, une paire de souliers vernis, trois paires de bas de soie, deux
jupons de femme, un autre en laine, un encore en fine toile garni de
valencienne, deux cravates de satin, une robe de petite fille ornee
d'effiles, de bonnes pantoufles bien chaudes, que sais-je encore? une
camisole, deux bonnets, quatre mouchoirs de batiste, une garde-robe
complete enfin, et de plus un portefeuille contenant les photographies
de la famille entiere. Le sac vide, il fut impossible de le remplir
de nouveau, tant ces objets etaient empiles avec art.
La capture d'un Saxon, qui s'etait blotti dans le grenier d'une maison
ou brulait un bon petit feu, acheva de nous mettre en gaiete. Je
m'apercus en cet instant que le capitaine de la compagnie etait en
conference avec le commandant du bataillon.
--Tu vas voir, me dit tout bas le medaille, on attend quelque chose,
et on va nous inviter a nous reposer.
Il ne se trompait pas, on attendait une compagnie de francs-tireurs de
la division Butter qui devait flanquer notre droite, et on nous donna
l'ordre de nous coucher a plat ventre dans la neige. Il faisait un
clair de lune magnifique; le plateau d'Avron etait tout blanc; nous
regardions devant nous, ne soufflant mot, si ce n'e
|