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abli dans le village, situe a egale distance de
Courbevoie et de Rueil. Patrouilles francaises et reconnaissances
prussiennes s'y promenaient avec la meme ardeur. On y echangeait des
coups de fusil, mais dans l'intervalle les habitants vendaient du
tabac aux uns et aux autres sur le pied de la plus parfaite egalite.
Si les coups de feu partaient, les habitants rentraient chez eux et se
tenaient cois. La bourrasque eteinte, ils ouvraient la fenetre,
risquaient un oeil dans la rue, et, surs que tout danger avait
momentanement disparu, quittaient leurs maisons comme des lapins leurs
terriers apres le depart des chasseurs.
On nous envoyait de grand'garde aux bords de la Seine. Nous passions
la ordinairement vingt-quatre heures, quelquefois quarante-huit.
C'etaient pour les zouaves du 3e bataillon des jours de fete. A peine
arrives autour de la redoute qui nous servait de quartier general,
chacun de nous se faufilait du cote d'une sorte de tranchee creusee au
bord de l'eau, en ayant soin de se defiler des balles, et on ne
perdait plus de vue la rive opposee. C'etait la chasse a l'homme.
J'avais trop lu les romans de Fenimore Cooper pour ne pas me rappeler
les pages palpitantes ou il raconte les prouesses du Cerf-Agile, du
Renard-Subtil et de la Longue-Carabine; mais qui m'eut dit a cette
epoque qu'un jour viendrait ou, embusque moi-meme dans un trou fait en
plein champ, j'attendrais le passage d'un ennemi pour lui envoyer une
balle, et cela a une lieue d'Asnieres!
La nuit venue, des distractions nouvelles nous etaient offertes. La
presqu'ile de Gennevilliers, qui s'ouvrait devant nous entre les
replis de la Seine, etait un champ ouvert a de longues promenades.
Quelquefois ces reconnaissances partaient sous la conduite d'un
sergent; quelquefois un caporal reunissait quatre hommes et se mettait
en marche a la tete de son petit corps d'armee. La consigne etait
courte et severe: tout regarder et se taire. On parcourait l'ile en
tout sens, silencieusement, comme des Peaux-Rouges. Quand nous
suivions le bord de la riviere, ou les Prussiens pouvaient avoir
l'idee de jeter un pont de bateaux, on se glissait a plat ventre; de
temps en temps on s'arretait et on ecoutait; puis on rentrait et on
dormait comme des souches. Au reveil, nous nous arrachions les
journaux pour savoir ce qui se passait a Paris.
Je commencais a m'expliquer comment il se fait qu'on peut etre mele a
tous les hasards d'une bataille sans en rien savoir. Un so
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