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pour le reste. Un pauvre zouave de seconde classe, qui n'avait vu
qu'une defaite et une capitulation, n'a pas d'avis a emettre sur des
operations de guerre; il me semblait pourtant que cette affaire etait
menee sans vigueur et surtout sans ensemble. Cependant on se battait
ferme autour de la Malmaison. Le parc etait en feu; les pierres et le
platre du mur d'enceinte sautaient en eclats. Je tiraillais toujours.
Je regardais tomber les branches des arbrisseaux coupees par les
balles comme avec une serpe.
C'est la que pour la premiere fois j'ai remarque cet air de
stupefaction que prend le visage d'un homme frappe a mort. C'est de
l'effarement. Il y en a qui restent foudroyes. J'avais pres de moi un
zouave qui chargeait et dechargeait son chassepot accroupi derriere
un saule. Il en appuyait le bout sur la fourche de deux branches, et
ne lachait son coup qu'apres avoir vise. De temps a autre, je le
regardais. Un instant vint ou, ne l'entendant plus tirer, je me
retournai de son cote. Il etait immobile, la tete penchee sur la
crosse de son fusil, le doigt a la gachette, dans l'attitude d'un
soldat qui va faire feu. Un filet de sang coulait sur son visage d'un
trou qu'il avait au front. Il etait mort. Aucun de ses membres n'avait
remue.
Une sonnerie de clairon nous fit commencer un mouvement de retraite.
On reculait, puis sur un nouveau signal on s'arretait. Des obus
passaient sur nos tetes; mais, chemin faisant, nos baionnettes
trouvaient a s'occuper. Elles nous servaient a fouiller les champs et
a en arracher de bonnes pommes de terre que nous glissions dans nos
poches. L'ordinaire se faisait incertain, et quelques legumes venaient
a propos pour en varier la maigreur. Un temps se passa mele de haltes
et de marches, apres lequel un ordre definitif nous fit rentrer dans
nos cantonnements.
Le village de Nanterre, que nous avions traverse une premiere fois en
tenue de campagne, devint un lieu de promenade. Ce village avait une
physionomie particuliere qui brillait par l'originalite. On ne pouvait
pas dire qu'il fut peuple; on ne pouvait pas dire non plus qu'il fut
desert. Il y avait des habitants; quelques-uns etaient de Nanterre
certainement, mais d'autres avaient ete conduits la par les hasards de
la guerre; Nanterre me rappelait ces pays frontieres dont il est
question dans les romans de Walter Scott, et que les gens de la plaine
et de la montagne pillaient alternativement. Un certain commerce
interlope s'etait et
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