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rges et flamboyants passaient sur nos
tetes, illuminant tout. Quand la rafale partait, nous eprouvions une
secousse terrible; mon dos pliait; il me semblait que j'avais la
colonne vertebrale cassee par la decharge. A la nuit noire, on nous
fit entrer dans un grand parc ou nous devions prendre gite. Les postes
furent designes, et on placa les sentinelles. Le sac nous pesait
horriblement; les jambes etaient un peu lasses; nous avions marche
depuis le matin dans les terres labourees, et le sac au dos, c'est
dur. Les tentes montees, il fallut songer au diner. Je n'avais pas
fait mon stage sur les bords de la Meuse pour m'endormir dans le
gemissement. Il y avait des champs autour du parc. J'y courus et
ramassai des pommes de terre en assez grande quantite pour remplir mon
capuchon. Ce n'etait pas un magnifique souper, mais enfin c'etait
quelque chose, et ces pommes de terre cuites sous la cendre, avec un
peu de cafe par-dessus, m'aiderent a trouver le sommeil.
Quand on est dans les villes, on ne peut pas croire qu'on puisse
dormir en face de centaines de canons prets a tirer, avec les pieds
dans l'herbe froide, une pierre sous la tete, et le ventre creux. On
se fait a tout. Il faisait encore noir au moment ou je m'eveillai. Il
etait cinq heures du matin. Les etoiles brillaient d'un eclat vif, des
buees nous sortaient des narines. Le froid etait piquant. Chacun de
nous s'agitait autour des tentes qu'on roulait et qu'on chargeait sur
les sacs.
--Tu sais, me dit un sergent tandis que j'arrangeais mon petit bagage,
nous evacuons nos positions.
--Celles que nous avons prises hier?
--Oui.
--Ce n'est pas possible!
--Tu vas voir.
C'etait vrai. L'ordre en etait venu dans la nuit. Chacun de nous
esperait qu'on marcherait en avant et nous battions en retraite! Cette
Marne que nous avions traversee apres tant d'hesitation, il fallut la
retraverser. Nos officiers sifflaient entre leurs dents. On nous
arreta a l'endroit meme ou la veille nous avions campe et de nouveau
on y dressa les tentes. Le froid devenait terrible. On avait le
sentiment de ce qu'on allait souffrir. On n'avait pas besoin d'appeler
des corvees pour chercher du bois. Chacun en demandait aux maisons
abandonnees ou en coupait dans les taillis. Nous n'etions pas gais.
J'avais fait la connaissance d'un soldat qui s'appelait Michel. Me
voyant flaner a l'ecart, les mains dans mes poches, la tete basse, ce
garcon, qui m'avait pris en affection pour quelques pa
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