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de la marche. Tout a fait raffermi par cette courte
reflexion, je m'avancai jusqu'a 300 metres, et la main sur la
gachette, le fusil arme, d'une voix de Stentor, je criai: _Qui vive!_
Une voix repondit: France! Mais je ne voulais pas etre la victime
d'une ruse de guerre. Savais-je si je n'avais pas affaire a une
patrouille ennemie imitant nos allures et parlant notre langue? Je
criai donc a la patrouille de venir me reconnaitre; une ombre se
detacha du groupe indecis qui faisait tache sur la neige devant moi,
et s'avanca: c'etait le capitaine de la compagnie que je cherchais. Si
j'etais content de l'avoir decouvert, il ne l'etait pas moins de
m'avoir rencontre. J'avais ete eclaireur, je devins guide, et la
compagnie des francs-tireurs que nous attendions opera son mouvement.
Pendant que je marchais a cote du capitaine, un echange de coups de
fusil m'annonca que nos avant-postes causaient avec les avant-postes
ennemis. On avait commence le long des murailles du parc de Beausejour
le travail de la mine. Le genie et les pioches etaient a l'oeuvre; les
pierres tombaient; on allait faire l'essai de la dynamite sur un gros
pan de mur. J'arrivai a temps pour assister a cette experience. Je ne
veux pas dire du mal de ce nouvel agent chimique, ni nuire a sa
reputation; mais ses debuts dans la carriere de la destruction ne me
semblerent pas heureux: deux detonations pareilles a deux coups de
canon nous apprirent que la dynamite venait de faire explosion. On
courut au mur qu'elle avait pour mission de mettre en poudre; on y
decouvrit deux trous de 50 centimetres carres chacun: c'etait un
mediocre resultat, apres deux heures de travail surtout. Il marqua
cette nuit la fin de notre expedition.
Ces promenades aventureuses se renouvelaient trois fois par semaine a
peu pres. On n'etait prevenu du depart qu'au moment de prendre les
armes. Le peril etait l'assaisonnement de ces expeditions; il n'etait
deplaisant que lorsqu'une negligence en etait la cause, et je dois
ajouter tristement que les balles prussiennes n'etaient pas toujours
les seules qu'on eut a craindre.
Il arrivait quelquefois que l'officier de grand'garde, enveloppe dans
sa couverture, confiait la surveillance de ses hommes au
sergent-major; celui-ci, qu'un tel exemple encourageait, passait la
consigne au caporal, qui s'en dechargeait sur un soldat, et de chute
en chute la garde du campement incombait a une sentinelle qui
s'endormait. Quant a nos ennemis, ils ne se
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