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rdes, et mes yeux se fermaient malgre moi. Il fallait que la fatigue fut terrible pour nous permettre de dormir par le froid qu'il faisait depuis deux ou trois jours. La terre avait la durete du caillou; le thermometre, a ce qu'on me dit apres, marquait 14 degres. Au bout d'un certain temps, j'ouvris les yeux; un ciel brillant resplendissait au-dessus de ma tete; les etoiles etaient comme des pointes de feu. Rien ne remuait autour de moi; je me sentais glace. Je me levai pour marcher un peu et ramener la circulation par l'exercice; mes mains avaient la roideur du bois, elles ne m'obeissaient plus. Comment aurais-je fait s'il m'avait fallu prendre mon chassepot? Quelques coups de canon retentissaient au loin, un grand silence m'entourait. Je m'ecartai du remblai. Mes pieds tout a coup heurterent un obstacle qui avait la rigidite d'un tronc d'arbre. Je trebuchai; c'etait un cadavre roide et froid, parfaitement gele. Le corps, que je soulevai, retomba lourdement, tout d'une piece, sur le sol, avec un bruit dur; d'autres cadavres etaient repandus ca et la dans toutes les attitudes. La vue d'un mur crenele dont la ligne blanche apparaissait vaguement dans la nuit, me fit reconnaitre l'endroit ou l'avant-veille on avait dechaine la moitie du regiment contre le parc de Villiers. Que de morts! Ils portaient presque tous l'uniforme des zouaves. On reconnaissait a la torsion de leurs membres ceux qui avaient fait quelques pas avant d'expirer; d'autres tenaient encore leur fusil avec le geste menacant du combat. Plusieurs, etendus sur le dos, tournaient leur visage blanc vers le ciel; leurs levres ouvertes avaient laisse echapper un dernier cri. Toutes les sensations de la derniere minute se refletaient comme figees par la mort sur leurs traits immobilises. Il y avait de la stupeur, du desespoir, de la colere, de l'effroi, puis les contractions de l'agonie. Le sentiment d'une tristesse sans bornes s'empara de moi, tandis que j'errais parmi ces cadavres dans la transparente obscurite de la nuit. J'allai de l'un a l'autre, cherchant a reconnaitre ceux de mes amis que j'avais perdus; il en etait deux que je tenais a revoir. Il me fallut retourner un certain nombre de ces morts couches sur le ventre. Quelques-uns, frappes a la tete, etaient meconnaissables; ils avaient comme un masque rouge sur un visage defigure. Je me penchai pour les mieux voir: un frisson me prit quand l'un des deux amis que je cherchais m'apparut tordu et rep
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