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de Glaires.
C'etait entre les evades qui en avaient partage les miseres comme une
franc-maconnerie. Ce nouveau regiment de zouaves dans lequel je venais
d'etre incorpore, se composait de trois bataillons formes avec les
debris des 1er, 2e et 3e regiments d'Afrique. Il portait le n deg.4; mais
il n'avait pas de drapeau. Il fut question de lui delivrer celui que
les zouaves du 3e avaient sauve de Sedan. Ce qui restait de ce
regiment s'y opposa si energiquement, que le drapeau troue de balles
fut "verse" au musee d'artillerie.
Bientot apres, le regiment fut envoye a Courbevoie, ou les trois
bataillons furent cantonnes, et le 3e recut ordre de repartir son
monde dans les petites maisons qui sont groupees entre le village et
le remblai du chemin de fer. Des pioches nous avaient ete distribuees,
et sous la surveillance des officiers une centaine de bras se mirent
a l'oeuvre pour creneler les pauvres habitations ou restaient encore
quelques meubles. Quelques coups vigoureux suffisaient pour percer les
murailles et faire jouer le vent de chambre en chambre. En un tour de
main, le village fut mis en etat de defense; briques et moellons
tombaient de ci, de la, et des lucarnes s'ouvraient partout, propres a
recevoir le bout des chassepots. C'etait comme si l'on se fut attendu
a l'arrivee subite des Prussiens.
Au moment de notre arrivee a Courbevoie, on n'y voyait pas autres
creatures vivantes que quelques chiens errant a l'aventure d'un air
desoriente. Les hommes leur manquaient; mais le soldat a une force
d'attraction qui lui est propre.
Un regiment est comme une colonie qui marche. Le soir meme je vis une
lumiere briller a la fenetre d'une maison dont les proprietaires, plus
soucieux de leur vie que de leur immeuble, avaient fait comme leurs
voisins. Je m'approchai. Un marchand de vin s'y etait installe avec
ses verres et ses brocs, suivi d'une servante solidement batie. Elle
connaissait de longue date les grenadiers et les voltigeurs de
l'ex-garde et n'avait pas peur des zouaves. Apres le marchand de vin,
qui ralluma les fourneaux d'une cuisine ou les officiers etablirent
leur popotte, vint un marchand de tabac, et Dieu sait si la clientele
lui fit defaut; puis un epicier qui rouvrit sa boutique et rapporta sa
marchandise. Cet exemple fut suivi, et petit a petit, sans savoir d'ou
ils arrivaient, les fournisseurs rentrerent dans leurs penates. Il y
eut meme une blanchisseuse. La civilisation reprenait possession de la
vi
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