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uand je retournai a Malassise, le bataillon des francs-tireurs,
exempte du service des tranchees et des grand'gardes, allait
entreprendre un service plus actif. Il s'agissait d'expeditions
nocturnes ou les qualites individuelles trouveraient des occasions de
se manifester. Mon capitaine me prit a part pour m'apprendre qu'un de
nos trois sergents ayant ete blesse j'etais appele a l'honneur de le
remplacer, et que je remplirais en meme temps les fonctions de
sergent-major.
--Et soyez tranquille, ajouta-t-il, vous aurez votre part des
expeditions de nuit.
Un soir, en effet, le bataillon prit les armes tout a coup. Il pouvait
etre dix heures. Il faisait une nuit claire. C'etait le temps ou l'on
avait abandonne un peu lestement le plateau d'Avron en y laissant des
masses de munitions, ce meme plateau dont la possession devait porter
un coup funeste a l'armee prussienne,--apres avoir rempli de joie le
coeur des Parisiens, si prompt aux esperances.
Tout en marchant, on cherchait a deviner quel motif nous avait fait
mettre sac au dos; mais un flair particulier anime le soldat dans ces
sortes d'occasions et lui fait tout comprendre sans qu'on lui ait rien
dit. Certains obus arrivaient depuis quelque temps qui nous genaient
et nous inquietaient. D'ou venaient-ils? On eut bientot dans la
compagnie le sentiment qu'on nous envoyait a la decouverte de la
batterie mysterieuse qui les tirait; on savait en outre que toute la
brigade devait sortir.
Malassise abandonne, on piqua droit vers le fort de Rosny, sur lequel
pleuvaient les obus; on en voyait passer par douzaines comme d'enormes
etoiles filantes. C'etait la plus jolie des illuminations: c'etait
parmi nous une affaire d'amour-propre de ne plus y prendre garde; mais
tous n'y reussissaient pas malgre une bravoure incontestee.
Nous etions alors sur la gauche du fort, suivant la route qui conduit
au village. Des obus mal pointes negligeaient le fort et tombaient de
ci de la sur les deux cotes de la route; il s'agissait de ne pas
baisser la tete. Chacun de nous observait son voisin; des paris
s'engageaient. Ce n'etait rien, et c'etait beaucoup. Qui reussissait
une premiere fois echouait un moment apres. C'etaient soudain de
grands eclats de rire et des huees. Mon vieux medaille de Crimee y
trouvait moyen de faire ample provision de petits verres. Il avait des
nerfs d'acier; je crois qu'il eut allume sa pipe a la meche d'une
bombe.
Ainsi pariant et riant, la compagnie arri
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