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je reconnus parmi ces vaincus l'uniforme des zouaves. La plupart
appartenaient aux 1er et 2e regiments. Ils etaient encore sous le coup
de cette retraite et, comme toujours dans les memes circonstances, on
prononcait le mot de trahison. Dans cette troupe de fugitifs qui
appartenaient a differents corps, aucune cohesion, plus de lien. Le
moral avait disparu. Je ne tirai de toutes ces bouches que des
plaintes et des lamentations. C'est alors que je compris la force
secrete de ce qu'on appelle l'esprit de corps. Ma vue s'etait troublee
a l'aspect de l'uniforme que j'avais choisi. J'en avais recu comme une
blessure.
N'ayant plus rien a faire aux _Isoles_ je pris le parti vigoureux de
retourner a la place. La le commis auquel j'avais eu affaire tout
d'abord faillit se facher tout rouge contre les animaux--je
raconte--qui encombraient les bureaux de l'intendance, et me poussa
dehors. Je me rendis donc a l'intendance pour la seconde fois,
determine a faire la navette de l'intendance au Gros-Caillou et du
Gros-Caillou a la caserne des Isoles aussi longtemps qu'on le
voudrait.
Dans les antichambres de l'intendance je rencontrai un camarade qui
avait partage la pluie et les demi-biscuits de la presqu'ile de
Glaires et qui etait parvenu, comme moi, a s'evader. Il appartenait a
l'arme de l'infanterie et c'etait, comme moi, un engage volontaire.
--Ce n'est pas fini, me dit-il, et vous en verrez bien d'autres! Ne
vient-on pas de me delivrer une feuille de route pour le depot de mon
regiment, et savez-vous ou il fait l'exercice, ce depot?
--Je ne m'en doute pas.
--A Strasbourg, qui est investi depuis trois semaines! Me voyez-vous
tout seul en face de l'armee du general Werder et voulant en enfoncer
les lignes! Mais voila! les registres portent que le depot de mon
regiment est a Strasbourg, on m'envoie a Strasbourg et il faudra bien
des paroles pour faire entendre raison aux bureaux.
Et quand on pense que ces choses-la se passaient a la meme heure d'un
bout de la France a l'autre!
J'entrai a mon tour dans le bureau ou l'on m'avait deja recu et, a
force d'explications--et non sans peine--j'obtins une feuille de route
pour le depot du 3e zouaves--qu'on reconstituait provisoirement a
Montpellier. Ce n'etait pas mon affaire; mais, bien resolu a faire
partie de la garnison de Paris, j'attendis. Vingt-quatre heures apres
j'avais la certitude que les trains de la ligne de Lyon ne marchaient
plus. Desormais, j'appartenais au
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