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de fumee blanche, nous tirions au juge; c'etait un amusement qui faisait prendre patience. Il y en avait parmi nous qui fumaient des cigarettes, accoudes sur les deux bras; c'est la pose que prennent les chasseurs quand ils sont a l'affut du canard. J'ai bien vu alors que la curiosite etait une passion. On joue sa vie pour mieux voir. Un grand bruit me fit regarder de cote. C'etaient deux ou trois bataillons de mobiles qu'on dirigeait sur notre gauche. Ils arrivaient tumultueusement, sans ordre, et couraient parmi nous. Je crois bien que dans leur effarement ils ne se doutaient meme pas de notre presence. Ils nous marchaient bravement sur le corps. Ce fut alors une explosion; chacun de nous avait un pied de mobile sur la jambe ou sur le bras. On criait, on jurait; les mobiles sautaient de tous cotes. Le rire nous prit; eux couraient toujours. Malheureusement, ce mouvement qui faisait prevoir une attaque avait ete vu par les Prussiens; leurs batteries commencerent a tirer. Bientot les obus arriverent par paquets, ceux-la sifflant, ceux-ci eclatant. Ce fut alors au-dessus de nous une evolution de chutes et de soubresauts qui alternaient avec une sorte de regularite. Ces jeunes mobiles, qui n'avaient certainement jamais vu le feu, se jetaient a plat ventre, tous en bloc, officiers et soldats, puis se relevaient quand la volee de fer avait passe. --En avant! cria une voix forte. --En avant! repeterent nos officiers. En un clin d'oeil nous fumes sur pied comme enleves par une secousse electrique, et un vif elan nous porta du cote de l'ennemi. En quelques bonds, ceux qui couraient le plus vite toucherent aux tranchees ou la veille nos grand'gardes avaient ete surprises; quelques-uns n'y parvinrent pas. Au moment ou j'y arrivais, un grand zouave qui me precedait s'effaca subitement. Je n'eus que le temps, emporte par ma course, de sauter par-dessus son corps qu'un dernier spasme agitait. Aucun Prussien dans les tranchees; mais quel spectacle nous y attendait! Partout des sacs, des kepis, des bidons, des ustensiles de campement, des cartouchieres, et parmi tous ces objets des hommes etendus pele-mele! Tous les sacs etaient eventres, laissant eparses sur le sol des lettres par douzaines. Je me baissai et en pris une au hasard. Elle commencait par ces mots: "Mon cher fils, comme c'est ta fete dans quatre jours, je t'envoie dix francs... ta petite soeur y est pour vingt sous. Quand tu ecriras, n'en dis rien a ton pere..."
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