FREE BOOKS

Author's List




PREV.   NEXT  
|<   65   66   67   68   69   70   71   72   73   74   75   76   77   78   79   80   81   82   83   84   85   86   87   88   89  
90   91   92   93   94   95   96   97   98   99   100   101   102   103   104   105   106   107   108   109   110   111   112   113   114   >>  
tombaient pres de nous; mais, recus par une terre humide et meuble, ces projectiles n'eclataient pas tous et nous faisaient peu de mal. J'avais oublie Bougival et les promenades faites en canot en d'autres temps pour ne plus m'occuper que des obus: ils sifflaient l'un apres l'autre et continuaient a tomber, tantot plus loin, tantot plus pres. Cette immobilite a laquelle nous etions tous condamnes est l'une des choses les plus insupportables qui se puissent imaginer. Elle constitue, je le sais, l'une des vertus essentielles de toute armee, la constance et le sang-froid dans le peril; mais quelle anxiete et surtout quelle irritation! Les nerfs se prennent, et l'on a sous la peau des frissons qui ne s'effacent que pour revenir. J'avais passe par Sedan ou les balles et les projectiles pleuvaient et faisaient voler la pierre et les briques des murailles, l'eau des fosses, la poussiere du chemin; mais la j'etais dans l'action, je faisais le coup de feu, j'avais le mouvement avec le danger. J'affectai cependant une tranquillite qui n'etait pas dans mon coeur. C'etait comme un nouveau bapteme que je recevais, et je voulais m'en montrer digne. Nos yeux cherchaient a decouvrir la batterie d'ou nous venaient ces obus; ils n'apercevaient rien qu'un peu de fumee blanche s'elevant en flocons derriere un bouquet d'arbres. L'ordre de pousser plus avant arriva enfin, et bientot apres le bataillon etait deploye en tirailleurs dans la plaine qui s'etend entre le chemin de fer americain et la Seine. Nous etions tous couches a plat ventre, l'un derriere un buisson, l'autre dans un fosse, celui-la a l'abri d'un arbre, celui-ci dans le creux d'un sillon. Chacun cherchait un abri, chargeait et tirait. J'avais devant moi, au bord du chemin de halage, la guinguette du pere Maurice, si chere aux peintres, et sur ma droite, dans l'ile de Croissy, cette Grenouillere d'ou partent tant de rires en ete. Les magnifiques trembles de l'ile s'etaient revetus de teintes superbes, on distinguait a travers les arbrisseaux de la rive les cabanes si bruyantes encore au mois d'aout, et maintenant le roulement du canon et le crepitement de la fusillade remplacaient la gaiete d'autrefois. On tirait sur nous des maisons de Bougival; nous nous mimes a tirer sur Bougival. Le mal que nous faisions n'etait pas grand. Quelquefois nous avancions, quelquefois nous reculions; l'intensite plus ou moins vive du feu y etait pour quelque chose, les ordres qu'on nous donna
PREV.   NEXT  
|<   65   66   67   68   69   70   71   72   73   74   75   76   77   78   79   80   81   82   83   84   85   86   87   88   89  
90   91   92   93   94   95   96   97   98   99   100   101   102   103   104   105   106   107   108   109   110   111   112   113   114   >>  



Top keywords:

chemin

 
Bougival
 
etions
 

quelle

 
tantot
 
derriere
 
tirait
 

faisaient

 

projectiles

 

devant


Maurice
 
peintres
 

halage

 
guinguette
 
plaine
 

americain

 
tirailleurs
 

deploye

 

arriva

 

bientot


bataillon

 

sillon

 

Chacun

 

cherchait

 

couches

 

ventre

 

buisson

 
chargeait
 
maisons
 

faisions


autrefois

 

crepitement

 
fusillade
 

remplacaient

 

gaiete

 

Quelquefois

 

quelque

 

ordres

 

avancions

 
quelquefois

reculions

 

intensite

 

roulement

 

magnifiques

 
trembles
 

etaient

 

revetus

 

Croissy

 

Grenouillere

 

partent