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Ce mouvement prononce, l'affaire devint plus chaude. Un rideau de fumee s'etendait au loin sur notre gauche; le mur du parc en etait voile. Il en sortait un petillement infernal. Je cherchais toujours a envoyer des balles dans les trous d'ou s'elancaient des langues de feu. Mon capitaine, qui allait des uns aux autres, me cria de prendre avec moi quelques hommes et d'enfoncer une porte qu'on voyait dans le mur, coute que coute. Je criai comme lui: En avant! a une poignee de camarades qui m'entouraient. Ils sauterent comme des chacals, le vieux Crimeen en tete. Une poutrelle se trouva par terre a dix pas des murs; des mains furieuses s'en emparerent, et d'un commun effort, a coups redoubles, on battit la porte. Les coups sonnaient dans le bois, qui pliait, se fendait et n'eclatait pas. On y allait bon jeu, bon argent, avec une rage sourde, la fievre dans les yeux, des cris rauques a la bouche; mais les Prussiens tiraient toujours, et nos bras frappaient a decouvert. Je ne pensais qu'a briser la porte et a passer. Les balles sautaient sur le bois et en detachaient des eclats; les ais craquaient sans se rompre. L'un de nous tombait, puis un autre; un autre encore s'eloignait le bras casse ou trainant la jambe. La poutre ne frappait plus avec la meme force. Un instant vint ou elle pesa trop lourdement a nos mains epuisees, elle tomba dans l'herbe rouge; nous n'etions plus que deux restes debout, le Crimeen et moi. Des larmes de fureur jaillirent de mes yeux; lui, reprit froidement son chassepot, et passant la main sur son front baigne de sueur:--En route! dit-il. Quelques zouaves tiraillaient a cent metres de nous. Pour les rejoindre, il fallait passer le long d'une route qui filait parallelement au mur derriere lequel les Prussiens tiraient. Un sergent de zouaves qui bat en retraite ne court pas; l'amour-propre et la tradition le veulent. Vingt paires d'yeux me regardaient; je leur devais l'exemple. Le Crimeen me suivait, se retournait de dix pas en dix pas, brulant des cartouches. Je portais un surtout de peau de mouton blanc qui me donnait l'apparence d'un officier et me designait aux balles. A mi-chemin, je compris qu'on me visait. Une balle passa a deux pouces de mon visage, suivie presque aussitot d'une seconde qui s'aplatit contre un arbre dont je frolais l'ecorce. Une troisieme effleura ma poitrine, enlevant quelques touffes de laine frisee. Decidement un ennemi invisible m'en voulait.--Je venais de rejoindre
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