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ent, et j'espere que vers le 15 nous mettrons a la voile pour
regagner l'Egypte avec notre butin historique. J'ai eu trois jours de
goutte en arrivant ici; mais les bains de vapeur que j'ai pris dans le
temple m'en ont delivre pour longtemps, je l'espere. Je n'ai encore recu
que quelques lettres d'Europe.... M. Arago m'a-t-il pardonne d'avoir
entrepris mon voyage malgre ses amicales inquietudes? Je l'ai pardonne,
de mon cote, depuis que j'ai touche a la seconde cataracte.... Adieu.
ONZIEME LETTRE
El-Melissah (entre Syene et Ombos), le 10 fevrier 1829.
Nous jouons de malheur; depuis notre depart de Syene, a laquelle nous
avons dit adieu le 8 de ce mois, nous voici au 10, et nous sommes loin
d'avoir franchi la distance qui nous separe d'_Ombos_, ou l'on se rend
d'Assouan en neuf heures par un temps ordinaire; mais un violent vent du
nord souffle sans interruption depuis trois jours, et nous fait
pirouetter sur les vagues du Nil, enfle comme une petite mer. Nous avons
amarre, a grand'peine, dans le voisinage de _Melissah_, ou est une
carriere de gres sans aucun interet; du reste, sante parfaite, bon
courage, et nous preparant a explorer Thebes de fond en comble, si ce
n'est pas trop pour nos moyens. Nous sommes, d'ailleurs, tous
ragaillardis par le courrier qui nous arriva hier au milieu de nos
tribulations maritimes, et qui m'apporta enfin les lettres de Paris du
26 septembre, des 12 et 25 octobre, et du 15 novembre. Voila, en y
ajoutant les deux precedentes, les seules lettres qui me soient
parvenues.
Je remercie bien notre venerable M. Dacier pour les bonnes lignes qu'il
a bien voulu m'ecrire le 26 septembre. J'espere qu'il aura recu ma
lettre de Ouadi-Halfa du 1er janvier dernier, et qu'il voudra bien
pardonner a la vetuste de mes souhaits de jour de l'an, deja caducs
lorsqu'ils lui parviendront; mais la Nubie, et surtout la seconde
cataracte, sont loin de Paris, et le coeur seul franchit rapidement de
telles distances.
J'ecrirai de Thebes a notre ami Dubois, apres avoir vu a fond l'Egypte
et la Nubie; je puis dire d'avance que nos Egyptiens feront a l'avenir,
dans l'histoire de l'art, une plus belle figure que par le passe; je
rapporte une serie de dessins de grandes choses, capables de convertir
tous les obstines.
Je transmets a M. Drovetti la lettre que m'a ecrite M. de Mirbel, et je
suis persuade qu'elle sera accueillie par S.A. le pacha d'Egypte, qui ne
recule jamais devant les choses utiles.
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