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t la promenade barrait le chemin. Je ne songeai meme
plus a fumer. Toutes les facultes de mon esprit etaient tendues vers
un but unique: avoir la demarche, le visage, le geste d'un paysan. Le
Prussien n'allait-il pas deviner le zouave sous la blouse et croiser
baionnette, et, si je faisais un mouvement, se generait-il pour me
casser la tete d'un coup de fusil? Les battements de mon coeur me
faisaient mal. Mon compagnon sifflait toujours; je l'admirais.
Comment faisait-il? Enfin nous approchons, lui sifflant, moi trainant
mes lourds sabots dans la boue et balancant mes epaules: nous voila
juste en face du soldat; il nous regarde et continue sa marche; nous
passons lentement, d'un pas egal et pesant. Il ne m'arrete pas, il se
tait. Il m'a donc pris pour un vrai paysan? Quel triomphe! Le reste ne
me parait plus rien. La respiration me revient; le paysan cligne de
l'oeil, et, comme il me voit rire:
--Ah! ce n'est pas fini! me dit-il.
Au premier coude de la route nous prenons une allure plus rapide.
Bientot apres une voiture arrive au grand trot.
--Regardez, me dit mon guide, qui me pousse du coude.
Un officier prussien etait assis dans la voiture, les deux mains sur
la poignee de son sabre. Un proprietaire du voisinage, desireux de lui
plaire, pressait le cheval a coups de fouet. Quoi! des officiers
encore apres des sentinelles! La voiture nous atteint et nous depasse.
L'officier ne tourne meme pas la tete. Le proprietaire qui lui sert de
cocher sourit d'un air agreable. Je suis sauve!
Les sabots que portent mes pieds sont incommodes et pesants; ils me
genent un peu, et je les perds dans les ornieres quelquefois, mais
qu'est-ce que cela aupres des tortures de la veille. Nous marchons
d'un pas vif; j'ai rallume ma pipe eteinte, je la fume avec delices.
Le pays que je traverse me parait charmant, jamais je n'ai vu nature
si belle; les arbres ont une verdure qui rejouit les yeux, les eaux
qui courent ca et la invitent a boire par leur fraiche limpidite, le
vent est doux, la pluie tiede. A mesure que nous laissons derriere
nous les fermes et les hameaux, nous rencontrons sur la route,
quelquefois longeant les sentiers a travers champs, des
contrebandiers belges et francais charges de hottes d'osier que leurs
epaules portent allegrement. Tous profitent du desarroi general pour
introduire en grande hate leurs chargements de tabac. Aucun d'eux ne
semblait songer aux douaniers. C'etait un metier tout trouve et qui
allait
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