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a coup, dans leurs extases, des airs d'inspires. Quand ils
racontent leurs joies, c'est avec une sorte d'exaltation pieuse. Ils
semblent voir la quelque chose comme des rites sacres, ou ils apportent
un orgueil attendri. Ce ne sont plus des amants, ce sont des grands
pretres.
De quel ton religieux Valreg raconte l'invraisemblable bonheur qui lui
est arrive, le mensonge bizarre et l'heroisme cynique par lequel la
Daniella s'est livree a lui! Je n'insisterai pas, je veux seulement
indiquer la note qui domine dans cette etrange action de graces. Les
metaphores les plus mystiques se pressent sous sa plume delirante. "Une
vierge sage calomniant sa purete, eteignant sa lampe comme une vierge
folle, pour rassurer la mauvaise et lache conscience de celui qu'elle
aime et qui la meconnait! Mais c'est un reve que je fais!... _Je suis
dans un etat surnaturel.... Je me trouve tel que Dieu m'a fait. L'amour
primordial, le principal effluve de la divinite s'est repandu dans l'air
que je respire; ma poitrine s'en est remplie.... C'est comme un fluide
nouveau qui le penetre et qui le vivifie.... Je vis enfin par ce sens
intellectuel qui voit, entend et comprend, un ordre de choses immuable,
qui coopere sciemment a l'oeuvre sans fin et sans limites de la vie
superieure, de la vie en Dieu_", etc., etc. Ce n'est plus seulement un
apotre de l'amour, c'est un illumine.
Venant de Dieu, l'amour est sacre. Y ceder, c'est faire acte pie; y
resister serait un sacrilege; le blamer dans les autres, une impiete. Le
voeu de la nature, n'est-ce pas l'appel meme de Dieu a ces elus d'une
nouvelle espece? Est-il besoin d'ajouter que l'amour se legitime par
lui-meme? Il est irresponsable, puisqu'il est divin. Les egarements
qu'il amene rencontrent dans l'auteur et dans ses principaux personnages
la plus large indulgence, la sympathie la plus illimitee: "Marthe, dit
Eugenie (dans le roman d'_Horace_), pourquoi donc cette douleur? Est-ce
du regret pour le passe, est-ce la crainte de l'avenir? Tu as dispose de
toi, tu etais libre, personne n'a le droit de t'humilier." Ceux memes
qui auraient quelque droit de se plaindre, comme les maris abandonnes,
sont les premiers, quand ils ont de grandes ames, a repandre leur
benediction heroique sur le couple adultere: "Ne maudis pas ces deux
amants, ecrit Jacques a Sylvia. Ils ne sont pas coupables, ils s'aiment.
Il n'y a pas de crime la ou il y a de l'amour sincere". Et ailleurs:
"Fernande cede aujourd'hui a une p
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