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erieur est
etrange; les objets qui l'entourent, quoique familiers, lui paraissent
nouveaux, bizarres, indefinissables; elle les regarde d'un oeil curieux
comme si elle ne les connaissait pas, mais en meme temps elle se rend bien
compte que c'est une illusion. Parfois, les objets paraissent eloignes.
Cette impression d'etrangete, on peut l'eprouver dans la perception de son
propre corps; on se demande: "est-ce la ma jambe? je ne reconnais pas mes
bras. Mon corps me parait drole. Est-ce moi qui suis assis en ce moment sur
cette chaise?" etc., etc. Enfin, on eprouve aussi la meme impression pour
sa propre voix, et pour le sens des paroles qu'on vient de prononcer; apres
avoir parle, prononce a haute voix plusieurs phrases, par exemple dans un
diner; on ecoute sa voix, le timbre en parait change, il semble que ce soit
la voix d'un autre; de meme, on reconnait difficilement sa propre pensee
dans les paroles qu'on a prononcees: on croirait que la phrase a ete
construite par une autre pensee et dite par une autre bouche. Krishaber,
que Taine a longuement cite dans son _Intelligence_[28], a rapporte sous le
nom de nevropathie cerebro-cardiaque, beaucoup d'exemples de ces phenomenes
de dissociation; et cette annee meme Bernard Leroy vient de publier une
utile monographie de l'_illusion de fausse reconnaissance_[29], et il
ressort des documents que cet auteur a reunis, que l'illusion de fausse
reconnaissance est souvent liee a des phenomenes legers de dedoublement de
conscience.
[Note 28: Voir le vol. 2, _in fine_ note sur les elements et la
formation de l'idee de moi.]
[Note 29: _L'illusion de fausse reconnaissance_, Paris. Alcan, 1898.]
IV
INFLUENCE DE LA ROUTINE, DES PREJUGES, DES IDEES DIRECTRICES
Notre quatrieme categorie de recherches n'a rien de commun avec la
precedente; elle part d'un principe tout special. Ce principe est le
suivant: dans toutes les operations que nous executons avec notre
intelligence, comme de voir, d'agir, de raisonner, de prendre un parti,
etc,, nous presentons deux tendances contraires; la premiere represente
l'habitude, la routine; la seconde represente la reflexion personnelle,
l'esprit critique. Tout acte physique ou mental que nous faisons ressemble
plus ou moins a un de nos actes anterieurs, il rencontre par consequent
devant lui un commencement d'adaptation, dont il profite, et on a une
tendance a se repeter, a refaire ce qu'on a deja fait, parce que c'est plus
facile, parce
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