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es prussiennes l'avaient fusille. Atteint de deux
ou trois balles, il n'avait pas eu la force de regagner le bord.
Peut-etre etait-ce la ce corps qui m'avait effleure au moment ou
j'allais me jeter en plein fleuve; peut-etre encore ai-je du la vie a
ce pauvre mort. Je renoncai a ma premiere idee de demander a la Meuse
des moyens d'evasion, sans renoncer toutefois a mon projet: il ne
s'agissait que de trouver une occasion meilleure.
Si la Meuse charriait des cadavres huit jours encore apres la
bataille, notre ile vomissait des morts: on en comptait par centaines.
C'etait comme une epidemie. L'autorite prussienne finit par
s'inquieter de cet etat de choses. La contagion pouvait gagner l'armee
victorieuse comme elle decimait l'armee vaincue.
--Tu sais, me dit un jour l'un de mes compagnons de tente, les trains
de plaisir pour la Prusse vont commencer bientot!
Le lendemain, en effet, on faisait evacuer les malades. J'en vis
partir qui se trainaient a peine. Le tour des officiers devait venir
apres celui des malades. Chacun d'eux avait le droit d'emmener une
ordonnance. Ce fut pour moi comme un trait de lumiere, et je courus
aupres du commandant H... pour obtenir la faveur insigne d'etre promu
aux fonctions de brosseur. Il accueillit favorablement ma demande, et
me presenta a un capitaine. J'arrivai a propos; ce poste de confiance
etait sollicite par un grand nombre de candidats, et quelques-uns
avaient des titres peut-etre plus serieux a faire valoir que les
miens. Je l'emportai cependant, grace a l'appui du commandant. J'en
donnai la nouvelle a mes camarades de lit sous cette tente dans
laquelle il pleuvait tant.
--Brosseur deja! s'ecria le plus vieux de la bande.
Dans la soiree, on m'avertit de me tenir pret a la premiere heure du
jour. Je comptai sur la pluie pour m'empecher de dormir; elle ne
trompa point mon esperance, et le 10 septembre, au matin, je pris le
chemin du pont, apres une derniere visite au moulin. Les deux pieces
de canon etaient a leur place, les Prussiens sous les armes. La troupe
de ceux qui devaient former un nouveau convoi s'y rassemblait. Il
avait ete decide que les officiers, a partir du grade de capitaine
inclusivement, monteraient dans des especes de chariots garnis de
planches. Les lieutenants et les sous-lieutenants, avec les
ordonnances, devaient marcher a pied.
Un colonel prussien qui etait en surveillance a l'entree du pont
donna un ordre, un aide de camp cria: En route! et la c
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