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s, etonne, attendri, ne pouvait parler, mais il repondait a
l'etreinte passionnee de son pere en le couvrant de larmes. Le comte
eut peur en le voyant ainsi pleurer; mais ces pleurs etaient un baume
pour l'ame malade de Jules; ces larmes le soulageaient.
"Papa! papa! laissez-moi pleurer, dit Jules retenant son pere, qui
cherchait a s'eloigner, pleurer dans vos bras!... Quel bien me font
ces larmes! Comme je me sens mieux! Quel soulagement, quel bonheur
de n'avoir plus rien a vous cacher, de savoir que vous connaissez la
verite, toute la verite! Pauvre Blaise!
--Oui, pauvre Blaise en effet! Mais a l'avenir nous l'aimerons tant,
nous tacherons de le rendre si heureux, qu'il ne sera plus pauvre
Blaise! Je lui ai de grandes obligations, car c'est a lui que je dois
le changement de mon coeur, que je dois de savoir aimer Dieu et prier.
Et toi aussi, mon fils, mon cher fils, c'est lui qui le premier t'a
donne des sentiments de repentir; il t'a touche par sa patience, sa
charite, sa generosite, son admirable humilite.
--C'est vrai, papa! Mais vous savez donc tout? ajouta Jules en
souriant.
--Tout, mon ami, tout, dit le comte, enchante de ce sourire, le
premier qu'il eut vu sur les levres de Jules depuis plusieurs
semaines. Et a present que tu es tranquille sur mes sentiments a ton
egard, tache de te reposer, tu es faible, bien faible encore.
--Papa, j'ai faim. Quand j'aurai pris quelque chose, je reposerai
mieux.
--Tu as faim? tant mieux, mon enfant. Blaise, mon ami, va lui chercher
une petite tasse de bouillon de poule."
Blaise ne fit qu'un saut du lit de Jules a la porte; il courut
annoncer la bonne nouvelle de la convalescence de Jules, et demanda un
bouillon, qu'on fit chauffer avec empressement.
Pendant son absence, Jules prit la main de son pere, la baisa a
plusieurs reprises, le regarda fixement et dit avec hesitation:
"Papa,... papa, Blaise est mon frere.
--Et mon second fils, mon cher Jules; je suis heureux de te voir
devancer ma pensee."
Blaise rentra avec la tasse de bouillon, que Jules but avec avidite. A
partir de ce moment la convalescence s'etablit et marcha rapidement.
M. de Trenilly continua a veiller pres de Jules, mais il ne voulut pas
souffrir que Blaise continuat de nuit le role de garde-malade. Il le
renvoya coucher ce meme soir chez son pere. Blaise avait reellement
besoin de repos; il avait a peine sommeille pendant les sept jours
du danger de Jules; la nuit comme le jour, il eta
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