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morale, ceci veut dire que ce n'est pas une
operation purement physique, mais une influence qui agit par idees, qui
agit par l'intermediaire des intelligences, des emotions et des volontes;
la parole est le plus souvent l'expression de cette influence, et l'ordre
donne a haute voix en est le meilleur exemple; mais il suffit que la pensee
soit comprise ou seulement devinee pour que la suggestion ait lieu; le
geste, l'altitude, moins encore, un silence, suffit souvent pour etablir
des suggestions irresistibles. Le mot pression doit a son tour etre
precise, et c'est un peu delicat. Pression veut dire violence: par suite de
la pression morale l'individu suggestionne agit et pense autrement qu'il
le ferait s'il etait livre a lui-meme. Ainsi, quand apres avoir recu un
renseignement, nous changeons d'avis et de conduite, nous n'obeissons point
a une suggestion, parce que ce changement se fait de plein gre, il est
l'expression de notre volonte, il a ete decide par notre raisonnement,
notre sens critique, il est le resultat d'une adhesion a la fois
intellectuelle et volontaire. Quand une suggestion a reellement lieu, celui
qui la subit n'y adhere pas de sa pleine volonte, et de sa libre raison; sa
raison et sa volonte sont suspendues pour faire place a la raison et a la
volonte d'un autre; on dit a cet individu: vous ne pouvez plus lever le
bras, et effectivement tous ses efforts de volonte deviennent impuissants
pour lever le bras; de meme, on lui affirme qu'un oiseau est perche sur son
epaule, et il ne peut pas se debarrasser de cette hallucination, il voit
l'oiseau, il l'entend, il est completement dupe de cette vision. C'est ce
que Sidis[6] exprime dans un langage tres clair, mais un peu schematique,
quand il dit qu'il existe en chacun de nous des centres d'ordre different:
d'abord les centres inferieurs, ideo-moteurs, centres reflexes et
instinctifs, et ensuite les centres superieurs, directeurs, sieges de
la raison, de la critique, de la volonte. L'effet de la suggestion est
d'imprimer le mouvement aux centres inferieurs, en paralysant l'action des
centres superieurs; la suggestion cree par consequent, ou exploite un etat
de desagregation mentale. Il y a beaucoup de vrai dans cette conception,
quoique la distinction des centres inferieurs et superieurs soit un peu
grossiere. Je ne pense pas qu'il soit necessaire de faire intervenir dans
l'explication, meme sous forme d'image, une idee anatomique sur les centres
nerveux; je pr
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