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n cote... Vraiment, une minute, le voile rouge se tendit devant ses yeux, ses muscles se crisperent pour frapper dans ce tas de viperes, pour les ecraser a coups de poing et de talon... Il se maitrisa violemment, comprenant que Maud serait mal servie par un scandale. Les autres cependant se taisaient; Aaron se pencha vers les femmes, apres avoir considere Maxime a la derobee. Sans doute, reconnaissant cette fois l'ancien officier, il prevenait ses compagnes. On fit silence jusqu'au moment ou le train stoppa en gare de Chamblais.
Hector Le Tessier et Jacqueline de Rouvre attendaient les voyageurs.
-- Nous sommes venus en tete-a-tete dans le dog-cart, fit Jacqueline, comme deux amoureux. Il m'a fait tellement la cour que j'en rougis encore.
-- Toi, rougir ? repliqua Juliette, non... C'est le grand air, va.
-- Malhonnete !
Elles s'embrasserent, frottant l'un contre l'autre leurs museaux delicats, avec d'amusantes mines de chattes rivales. Hector, quand on fut sorti de la gare devant laquelle stationnaient un landau ferme et la petite voiture d'osier, fit les presentations. Aaron tendit la main a Maxime qui sembla ne pas apercevoir le geste et salua legerement, detournant la tete.
-- Moi, declara Juliette Avrezac, je monte dans le dog-cart avec Le Tessier. J'ai envie de rougir comme Jacqueline.
-- Juliette ! fit severement Mme Avrezac.
Et, tout bas, elle lui dit a l'oreille:
-- Tu ne vas pas laisser ce monsieur avec nous dans le landau, n'est-ce pas ? Il a l'air de vouloir nous devorer vivantes.
On s'accorda vite. Aaron montait en landau avec les dames; Maxime accompagnait Hector dans le dog-cart... Bien attelee d'une jolie ponette harnachee de jaune, la petite voiture ne tarda pas a prendre une forte avance. Un tournant deroba le landau des qu'on atteignit les bois.
Hector disait a son compagnon:
-- Vous verrez notre ermitage sans sa robe de printemps qui le pare si bien; mais tel qu'il est, avec ses arbres nus, ses bois ravines, ses etangs encore jaunis par la fonte des neiges, il vous plaira, a vous qui ne demandez pas une campagne d'operette... Vous connaissez l'histoire du chateau ?
-- Non, dit Maxime, distrait, obsede par l'echo des mauvaises paroles.
-- C'est un partisan du dernier siecle, reprit Hector, M. de Beauregard, qui possedait ces forets. L'habitation n'etait alors qu'un petit rendez-vous de chasse... M. de Beauregard y mena, un jour, une danseuse de l'Opera, nommee Hero, dont il etait eperdument epris
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