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, mais assez
confortablement meublee. Le desordre des meubles et la couche epaisse de
poussiere qui les recouvrait incitaient a croire que cette salle
avait ete le theatre, depuis longtemps abandonne, de quelque scene de
violence. Le centre en etait occupe par une grande table, sur laquelle
etait accoude un homme, qui semblait reflechir profondement. La
contraction de ses doigts a demi disparus dans les cheveux en desordre
exprimait eloquemment le trouble douloureux de son ame. Des yeux de cet
homme, de grosses larmes coulaient.
Ainsi qu'il s'y attendait, Karl Dragoch reconnut son compagnon de
voyage. Mais il ne fut pas seul a reconnaitre le desespere songeur.
--C'est lui!... murmura Titcha en faisant d'energiques efforts pour
chasser son ivresse.
--Lui?...
--Ladko.
Titcha se passa la main sur le visage et parvint a retrouver un peu de
sang-froid.
--Il n'est pas mort, la canaille... dit-il entre ses dents. Mais il n'en
vaut guere mieux... Les Turcs me payeront sa peau plus cher qu'elle ne
vaut... C'est Striga qui sera content!.. Ne bouge pas d'ici, camarade,
dit-il en s'adressant a Karl Dragoch. S'il veut sortir, assomme-le!..
Appelle a l'aide au besoin... Moi, je vais chercher la police...
Sans attendre de reponse, Titcha s'eloigna en courant. A peine s'il
faisait encore quelques zigzags. L'emotion lui avait rendu son
equilibre.
Des qu'il fut seul, le detective entra dans la maison.
Serge Ladko ne fit pas un mouvement. Karl Dragoch lui mit la main sur
l'epaule.
Le malheureux releva la tete. Mais sa pensee restait absente, et son
regard vague montrait qu'il ne reconnaissait pas son passager. Celui-ci
ne prononca qu'un mot:
"Natcha!...
Serge Ladko se redressa avec violence. Ses yeux flambaient,
interrogateurs, rives sur ceux de Karl Dragoch.
--Suivez-moi, dit le detective, et hatons-nous."
XVII
A LA NAGE
La barge volait sur les eaux. Ivre, exalte, en proie a une sorte de
rage, Serge Ladko, plus furieusement que jamais, pesait sur l'aviron.
Affranchi des lois communes par la violence de son desir, a peine s'il
s'accordait, chaque nuit, quelques instants de repos. Il tombait alors,
assomme, dans un sommeil de plomb, dont il s'eveillait soudainement,
comme appele par un coup de cloche, deux heures plus tard, pour
reprendre aussitot son effrayant labeur.
Temoin de cette poursuite acharnee, Karl Dragoch admirait qu'un
organisme humain put etre doue d'une telle force de resistanc
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