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de fer broyaient la gorge
du chanteur, qui, basculant par-dessus le couronnement, vint tomber en
travers du safran. Etait-il mort? Jambes et bras ballants, son corps
inerte pendait comme un linge de part et d'autre de cette arete etroite.
Serge Ladko desserra son etreinte et saisit l'homme par la ceinture,
puis diminuant graduellement la pression de ses genoux contre le safran,
il se laissa glisser peu a peu et s'enfonca silencieusement dans l'eau.
Nul, dans le chaland, n'avait soupconne l'agression. Ivan Striga n'etait
pas sorti du rouf. A l'avant, les cinq causeurs continuaient leur
paisible conversation.
Serge Ladko, cependant, nageait vers la barge. Le retour etait plus
penible que l'aller. Outre qu'il lui fallait maintenant remonter le
courant, il avait a soutenir le corps de Yacoub Ogul. Si celui-ci
n'etait pas mort, il n'en valait guere mieux. La fraicheur de l'eau
ne l'avait pas ranime; il ne faisait pas un mouvement. Serge Ladko
commencait a craindre d'avoir eu la main trop lourde.
Alors que cinq minutes avaient suffi pour venir de la barge au chaland,
plus d'une demi-heure fut necessaire pour refaire le meme parcours en
sens inverse. Encore le pilote eut-il la chance de ne pas s'egarer dans
l'ombre.
" Aidez-moi, dit-il a Karl Dragoch en saisissant enfin l'embarcation. En
voici toujours un.
Avec le secours du detective, Yacoub Ogul fut passe par-dessus bord et
depose dans la barge.
--Est-il mort? demanda Serge Ladko.
Karl Dragoch se pencha sur le captif.
--Non, dit-il. Il respire.
Serge Ladko eut un soupir de satisfaction et, reprenant aussitot
l'aviron, commenca a remonter le courant.
--Alors, attachez-le, et solidement, dit-il tout en godillant, si vous
ne voulez pas qu'il vous brule la politesse quand je vous aurai depose a
terre.
--Nous allons donc nous separer? demanda Karl Dragoch.
--Oui, repondit Serge Ladko. Quand vous aurez pris terre, je retournerai
aux alentours du chaland, et demain je m'arrangerai pour m'introduire a
bord.
--En plein jour?
--En plein jour. J'ai mon idee. Soyez tranquille, pendant un certain
temps tout au moins, je ne courrai aucun danger. Plus tard, quand nous
serons pres de la mer Noire, je ne dis pas que les choses ne risquent de
se gater. Mais je compte sur vous a ce moment que je retarderai le plus
possible.
--Sur moi?... Que pourrai-je donc faire?
--M'amener du secours.
--Je m'y emploierai, n'en doutez pas, affirma chaleureusement Karl
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