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n jargon
de circonstance dans lequel des mots roumains, russes et allemands
figuraient chacun pour un tiers, il reussit toutefois a gagner
leur confiance, et la porte si energiquement defendue finit par
s'entre-bailler.
Une fois dans la place, il lui fallut repondre a un interrogatoire
serre, dont il sortit necessairement a son honneur, puisque deux heures
ne s'etaient pas ecoulees depuis son debarquement, qu'une charrette
l'avait ramene pres de Yacoub Ogul.
Celui-ci n'avait pas repris connaissance. Il ne donna meme aucun signe
de conscience, quand, de l'herbe de la rive, il fut transporte dans la
charrette, qui repartit aussitot vers Kilia. Jusqu'a la ferme, force fut
d'aller au pas, mais, au dela, on trouva un chemin, a la verite fort
mauvais, qui permit neanmoins d'activer l'allure.
Il etait plus de minuit, quand, apres ces peripeties, Karl Dragoch entra
dans Kilia. Tout dormait dans la ville, et decouvrir le chef de la
police ne fut pas chose facile. Il y parvint cependant, et prit, sur
lui de reveiller ce haut fonctionnaire, qui, sans manifester trop de
mauvaise humeur, se mit obligeamment a sa disposition.
Karl Dragoch en profita pour faire deposer en lieu sur Yacoub Ogul, qui
commencait a ouvrir les yeux; puis, libre de ses mouvements, il put
enfin s'occuper de la capture du reste de la bande et du salut de Serge
Ladko, qui le passionnait peut-etre plus encore.
Des le premier pas, il se heurta a d'insurmontables difficultes. Aucun
vapeur n'etait alors a Kilia, et, d'autre part, le chef de la police se
refusait energiquement a envoyer ses hommes sur le fleuve. Ce bras du
Danube etant alors indivis entre la Roumanie et la Turquie, on etait en
droit de craindre que leur intervention ne provoquat de la part de
la Sublime Porte des reclamations tres regrettables a un moment ou
grondaient sourdement des menaces de guerre. Si le fonctionnaire roumain
avait pu feuilleter le livre du Destin, il y aurait vu que cette guerre,
decretee de toute eternite, eclaterait necessairement quelques mois plus
tard, et cela l'aurait, sans doute, rendu moins timide; mais, dans
son ignorance de l'avenir, il tremblait a la pensee d'etre mele
d'une maniere quelconque a des complications diplomatiques, et il se
conformait au sage precepte: "Pas d'affaires", qui est, comme on ne
l'ignore pas, la devise des fonctionnaires de tous les pays.
Le maximum de ce qu'il osa faire, ce fut de donner a Karl Dragoch le
conseil de se rendre a
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