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notre disposition. Nul ne peut nourrir l'esperance de supprimer le
passe; Dieu meme ne pourrait le reprendre. A quoi ont servi les
poursuites, acharnees de la Restauration contre vous, messieurs, qui
etes aujourd'hui au pouvoir? Elles vous ont rendu le service de faire de
vous des victimes, et d'amener a vous le liberalisme de cette epoque.
Ne faites donc pas de victimes, a moins que vous ne vouliez vous faire
des ennemis. Laissez l'histoire se faire aussi d'elle-meme par
la discussion et par l'enseignement, par la polemique ou par la
litterature; la seulement, elle eclora avec le calme que vous
prescrivez. Ne l'obligez pas a sortir armee de chaque bouche, avec sa
terrible preuve a l'appui. Il y en aurait trop, et vous seriez effrayes
vous-memes des documents que le present a mis en reserve pour l'avenir.
L'histoire se ferait trop vite, et nous sommes les premiers a souhaiter
qu'elle vienne a son heure, comme toute evolution serieuse de la
conscience humaine.
GEORGE SAND.
DCLI
A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET
Paris, mardi 1er octobre 1867.
D'ou crois-tu que j'arrive? De Normandie! Une charmante occasion m'a
enlevee il y a six jours. Jumieges m'avait passionnee. Cette fois,
j'ai vu Etretat, Yport, le plus joli de tous les villages, Fecamp,
Saint-Valery, que je connaissais, et Dieppe, qui m'a eblouie; les
environs, le chateau d'Arques, la cite de Limes, quels pays! J'ai donc
repasse deux fois a deux pas de Croisset et je t'ai envoye de gros
baisers, toujours prete a retourner avec toi au bord de la mer ou a
bavarder avec toi, chez toi, quand tu seras libre. Si j'avais ete seule,
j'aurais achete une vieille guitare et j'aurais ete chanter une romance
sous la fenetre de ta mere. Mais je ne pouvais te conduire une _smala_.
Je retourne a Nohant et je t'embrasse de tout mon coeur.
Je crois que les _Bois-Dore_ vont bien, mais je n'en sais rien. J'ai une
maniere d'etre a Paris, le long de la Manche, qui ne me met guere au
courant de quoi que ce soit. Mais j'ai cueilli des gentianes dans les
grandes herbes de l'immense oppidum de Limes avec une vue de mer un
peu _chouette_. J'ai marche comme un vieux cheval: je reviens toute
guillerette.
DCLII
A M. HENRY HARRISSE, A PARIS
Nohant, 14 octobre 1867.
Je vous remercie, cher ami, de l'empressement que vous avez mis, a voir
mes amis de la Ferme-des-Mathurins [1]. J'ai ete un peu par
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