|
et directs; c'est un grand artiste et du petit
nombre de ceux-qui sont des hommes. Je suis heureuse qu'il vous aime,
c'est un complement a son ame et a mon affection pour lui. Moi aussi, je
compte dans ma vie votre amitie comme une grande richesse. J'ai gaspille
de mon mieux tout ce qui est de la vie materielle, argent, securite,
bien-etre, _utilite_ comme on l'entend dans cette region-la. Mais les
vrais biens, je les ai apprecies et gardes; vous avez mis dans mon
coeur, vous et fort peu d'autres, ce fonds de respect et de tendresse
qui ne s'use pas et se retrouve intact a toutes les heures difficiles ou
douloureuses de la vie. J'aurai passe dans le monde a cote de vous par
l'ame, et, dans l'autre vie, cela me sera compte dans le plateau de la
balance qui portera mes merites et mes erreurs.
Croyez-vous, comme Flaubert, que _ceci_ est la fin de Rome clericale? je
voudrais bien et j'attends les evenements avec impatience. Comme lui, je
crois que le mal est la et que cette religion du moyen age est le grand
ennemi du genre humain; mais je ne crois pas avec Garibaldi qu'il faille
en proclamer une autre.
Cela me parait contraire a l'esprit du siecle, qui a un besoin
inextinguible et trop longtemps refoule de liberte absolue. Il faut bien
prendre l'humanite comme elle est, avec ses exces de tendance et ses
besoins imperieux, legitimes a certaines heures de sa vie. Je suis
pourtant un esprit religieux et il m'a toujours paru bon d'aimer la
predication des nouvelles philosophies. Mais, les imposer, les realiser,
les etablir en dogme, ou seulement les proposer comme conduite
officielle en ce moment, me semblerait plus qu'impolitique,--presque
antihumain.
L'homme ne s'est pas encore connu, il n'a encore jamais ete lui-meme. Il
faut qu'a un jour donne, et pour un temps donne, il s'appartienne, et
qu'il ait le droit de nier Dieu meme, sans crainte du bourreau, du
persecuteur ou de l'anatheme. C'est un droit, comme a l'affame de manger
apres un long jeune. Et nous, si nous avons la foi sublime, songeons que
le premier article est de donner aux autres la liberte absolue, partant
celle de ne pas croire avec nous.
Il faudra que nous soyons les freres de tous, et que les athees soient
notre chair et notre sang tout comme les autres, du moment qu'au lieu de
se coucher pour mourir, ils se leveront pour vivre.
Disons cela a nos enfants et a nos neveux; car ce jour de liberte ou
toutes les poitrines aspireront tout l'air vital qu'
|