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bords
et autour des ouvertures. Comme ce vetement le couvrait presque en entier,
je ne faisais qu'entrevoir en dessous une paire de calzoneros de velours
vert, avec des boutons jaunes et des aiguillettes de rubans blancs comme
la neige, pendant le long des coutures. La partie interieure des
calzoneros etait garnie de basane noire gaufree, et venait joindre les
tiges d'une paire de bottes jaunes munies de forts eperons en acier. La
large bande de cuir pique qui soutenait les eperons et passait sur le
cou-de-pied donnait a cette partie le contour particulier que l'on
remarque dans les portraits des anciens chevaliers armes de toutes
pieces. Il portait un sombrero noir a larges bords, entoure d'un large
galon d'or. Une paire de ferrets, egalement en or, depassait la bordure;
mode du pays. Cet homme avait son sombrero penche du cote de la lumiere,
et paraissait vouloir cacher sa figure. Cependant, il n'etait pas
disgracie sous ce rapport. Sa physionomie, au contraire, etait ouverte et
attrayante; ses traits avaient du etre beaux autrefois, avant d'avoir ete
alteres, et couverts d'un voile de profonde melancolie par des chagrins
que j'ignorais. C'etait l'expression de cette tristesse qui m'avait
frappe au premier aspect. Pendant que je faisais toutes ces remarques, en
le regardant de cote, je m'apercus qu'il m'observait de la meme maniere,
et avec un interet qui semblait egal au mien. Il fit sans doute la meme
decouverte, et nous nous retournames en meme temps de maniere a nous
trouver face a face; alors l'etranger tira de sa manga un petit cigarero
brode de perles et me le presenta gracieusement en disant:
--_Quiere a fumar, caballero?_ (Desirez-vous fumer, monsieur?)
--Volontiers, je vous remercie,--repondis-je en espagnol.
Et en meme temps je tirai une cigarette de l'etui.
A peine avions-nous allume, que cet homme, se tournant de nouveau vers
moi, m'adressa a brule-pourpoint cette question inattendue:
--Voulez-vous vendre votre cheval?
--Non.
--Pour un bon prix?
--A aucun prix.
--Je vous en donnerai cinq cents dollars.
--Je ne le donnerais pas pour le double.
--Je vous en donnerai le double.
--Je lui suis attache. Ce n'est pas une question d'argent.
--J'en suis desole. J'ai fait deux cents milles pour acheter ce cheval.
Je regardai mon interlocuteur avec etonnement et repetai machinalement ses
derniers mots.
--Vous nous avez donc suivis depuis l'Arkansas?
--Non, je viens du Rio-Abajo.
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