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ambee pour le temps dont vous pouvez disposer? On part
vers neuf heures de Paris, on dine a Nohant a sept.--On peut repartir
le lendemain matin; mais, en restant un jour chez nous, il n'y a pas de
fatigue et on aurait le temps de causer. Si cela ne se peut, ce sera a
notre grand regret; car nous nous ferions une joie, mes enfants et moi,
de vous embrasser, vous et votre _Cloche_[1], qui sonne si fort, sans
cesser d'etre un bel instrument et sans detonner dans les charivaris.
J'irai a Paris, dans le courant de l'hiver, janvier ou fevrier. Si vous
ne pouvez m'attendre, consultez sur les quarante premieres annees de
ma vie, l'_Histoire de ma vie_. Levy vous portera les volumes a votre
premiere requisition.
Cette histoire est vraie. Beaucoup de details a passer; mais, en
feuilletant, vous aurez _exacts_ tous les faits de ma vie.
Pour les vingt-cinq dernieres annees, il n'y a plus rien d'interessant;
c'est la vieillesse tres calme et tres heureuse en famille, traversee
par des chagrins tout personnels, les morts, les defections, et
puis l'etat general ou nous avons souffert, vous et moi, des memes
choses.--Je repondrai, a toutes les questions qu'il vous conviendrait de
me faire, si nous causions, et ce serait mieux.
J'ai perdu deux petits-enfants bien-aimes, la fille de ma fille et le
fils de Maurice. J'ai encore deux petites charmantes de son heureux
mariage. Ma belle-fille m'est presque aussi chere que lui. Je leur ai
donne la gouverne du menage et de toute chose. Mon temps se passe a
amuser les enfants, a faire un peu de botanique en ete, de grandes
promenades (je suis encore un pieton distingue), et des romans, quand je
peux trouver deux heures dans la journee et deux heures le soir.
J'ecris facilement et avec plaisir; c'est ma recreation; car la
correspondance est enorme, et c'est la le travail. Vous savez cela. Si
on n'avait a ecrire qu'a ses amis! Mais que de demandes touchantes ou
saugrenues! Toutes les fois que je peux quelque chose, je reponds. Ceux
pour lesquels je ne peux rien, je ne reponds rien. Quelques-uns meritent
que l'on essaye, meme avec peu d'espoir de reussir. Il faut alors
repondre qu'on essayera. Tout cela, avec les affaires personnelles, dont
il faut bien s'occuper quelquefois, fait une dizaine de lettres par
jour. C'est le fleau; mais qui n'a le sien?
J'espere, apres ma mort, aller dans une planete ou l'on ne saura ni lire
ni ecrire. Il faudra etre assez parfait pour n'en avoir pas besoin
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