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r 1870.
Chere filleule dont je suis fiere et que j'aime, merci de ton bon
souvenir.
Tu as si peu le temps de m'ecrire, que je benis le jour de l'an, sachant
qu'il m'apportera de tes nouvelles. Ta lettre m'arrive avec celle de
Barbes, qui ne manque pas encore a l'appel, malgre sa pauvre sante, et
qui, comme toi, est plus courageux et plus tendre que jamais.
Je suis contente que vous alliez tous bien, _a la frontiere[1]_ et ici;
je suis bien sure que la seconde petite de Valentine est aussi jolie que
la premiere et qu'elle sera aussi adoree. C'est une force qu'on a contre
l'horrible idee qui vient quelquefois au milieu du bonheur, qu'on
pourrait perdre ces chers etres.
On se repond qu'il faut les aimer d'autant plus et qu'une existence se
mesure non pas a sa duree, mais a la joie et aux tendresses qui l'ont
remplie.
Lina, Maurice et nos cheres fillettes, qui vont a merveille, vous
envoient a tous des tendresses et des baisers. Aurore est toujours
merveilleuse de raison et d'amabilite. Ta filleule, qui trotte comme une
souris, commence a dire la _fin des mots_. Elle prend pour cela un air
capable et important qui est tres comique. Elle sera, dit-on, plus jolie
qu'Aurore; nous n'avons pas d'opinion la-dessus a la maison; nous les
voyons toutes deux avec trop _d'imagination._
Non, il n'y a pas de photographe a la Chatre et ceux qui passent sont
des maladroits. Pour connaitre ta filleule, il faudra que tu aies deux
ou trois jours a voler a Valentine, qui nous en vole tant avec son
Strasbourg.
Embrasse-la mille fois pour nous, cette chere mignonne, et souhaite,
pour nous aussi, a ton cher Gaulois de pere [2] et a ta petite maman la
bonne annee la plus tendre. J'espere vous voir prochainement: Que ne
puis-je vous mener, c'est-a-dire emmener les enfants!
Je le _bige_ mille fois!
G. SAND.
[1] La soeur de mademoiselle Nancy avait epouse un avocat de
Strasbourg, M. Engelhard.
[2] Alphonse Fleury.
DCCXIX
A GUSTAVE FLAUBERT, A CROISSET
Nohant, 9 janvier 1870.
J'ai eu tant d'epreuves a corriger, que j'en suis abrutie. Il me fallait
cela pour me consoler, de ton depart, troubadour de mon coeur.
On continue a abimer ton livre. Ca ne l'empeche pas d'etre un beau et
bon livre. Justice se fera plus tard, justice se fait toujours. Il
n'est pas arrive a son heure apparemment; ou plutot, il y est trop bien
arrive: il a trop constate le desarroi qui regne dans
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