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tang, il
allait faire prendre des mesures de precaution; mais le Baron lui
dit sechement qu il voulait diriger seul un divertissement de son
invention.
Ainsi que le Capitaine l'avait prevu, les campagnards, qui ne
croyaient jamais pouvoir s'approcher assez pres du lieu ou devait
s'operer la merveille qu'on venait de leur annoncer, se presserent sur
les digues auxquelles l'on avait deja commence a oter une partie de
leurs soutiens, la reunion des trois etangs en un seul ayant rendu
leur destruction necessaire.
Le soleil venait enfin du se coucher, le crepuscule du soir
enveloppait deja la contree, et les nobles spectateurs, reunis sous
les platanes ou l'on venait de servir une magnifique collation,
attendaient fort commodement une obscurite plus complete. La soiree
etait calme, pas un souffle n'agitait le feuillage, et tout permettait
d'esperer que le feu d'artifice reussirait completement.
Tout a coup des cris horribles se firent entendre, d'immenses mottes
de terre s'etaient detachees des digues, et des hommes, des femmes,
des enfants roulaient avec elles dans l'eau. On se precipita vers le
lieu du desastre, pour voir plutot que pour secourir, car le malheur
paraissait sans remede. Les digues, degarnies et trop faibles pour
supporter le poids qui les surchargeait, s'affaissaient de plus en
plus. Enfin la confusion etait telle, que tous ceux qui se trouvaient
sur ces digues ne pouvaient plus ni avancer ni reculer. Le Capitaine
seul conserva assez de presence d'esprit pour faire chasser, de
force, de ces digues, la foule eperdue, ce qui empecha de nouveaux
eboulements, et donna aux hommes courageux dont il s'etait entoure
assez de place pour secourir les malheureux qui luttaient contre les
flots. Au bout de quelques minutes, tous avaient ete ramenes sur le
rivage. Un jeune garcon seul avait ete pousse trop avant dans l'eau
pour gagner la terre, et les efforts qu'il fit pour s'en approcher
l'eloignerent toujours davantage; ses forces l'abandonnerent, et l'on
n'apercut plus que ses bras qu'il elevait vers le Ciel comme pour
implorer son secours. Le bateau etait rempli de pieces d'artifice
qu'on devait bruler sur l'eau, et le temps que l'on aurait mis a le
decharger etait plus que suffisant pour rendre certaine la mort du
malheureux enfant. La resolution du Capitaine fut bientot prise, il se
depouilla en hate de son habit et se precipita dans l'etang.
Un long cri de surprise et d'admiration retentit dans la foule;
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